Richesse et compétitivité

Tu-mangeras-quand-tu_seras_competitifLa primauté des liens personnels sur les liens impersonnels persiste dans la confusion malgré un demi-siècle de modernisation. Les élites ont longtemps prétendu que la production de grande échelle allait libérer l’individu, construire les interdépendances qui allaient donner à chacun une autonomie individuelle dans une société de forme salariale. On peut se demander aujourd’hui étant donné l’état de la structuration sociale, la confusion de l’économique, du politique et du social, si ce projet a réellement existé hors de têtes mal inspirées. C’est notre système social que les élites n’ont pas su extraire des dynamiques sociales, qu’elles n’ont pas su servir. La passivité imposée à la société a inscrit son fonctionnement dans le mode de l’attraction répulsion vis-à-vis du modèle occidental dominant. Nous soutiendrons ici que la richesse d’une société peut se mesurer dans sa production, mais réside fondamentalement dans ses différentes capacités (au sens d’Amartya SEN) et que la compétition mise en œuvre par la globalisation est économique, mais éprouve fondamentalement la compétitivité des systèmes sociaux.

Les capacités de la société sont la richesse

La vraie richesse c’est le peuple, voilà une vérité dont seules certaines nations ont fait l’épreuve. Celles qui ont dû engager des compétitions véritables et découvrir la source de leur pouvoir. Nous nous en sommes écartés à vue d’œil : la participation de la société aux finances publiques en témoigne. On préfère se réfugier dans l’abstraction, « Echaab masdar assoulta », plutôt que d’habiter en son sein, de consolider ses liens et ses puissances. Il faudra se rendre compte que les systèmes sociaux constituent les véritables acteurs de la compétition mondiale. L’économie de marché et la puissance publique ne sont que ses structures, la partie solide de sa construction. Voilà la vérité que les nouveaux conflits et compétitions mondiaux mettront à nouveau à nu. L’Europe commence à nous en donner le spectacle.

Parce que nous avons voulu aller trop vite, l’esprit de l’élite et celui de la société étant trop distants, parce que nous avons refusé d’accompagner la société dans sa transformation et ses expérimentations, nous avons vu dans les liens personnels des obstacles au développement. Aussi la machine étatique s’est-elle construite comme une machine de guerre contre la société. Aujourd’hui que les ressources de cette machine viennent à manquer, nous risquons de construire une économie de marché pour servir une telle machine plutôt que de restaurer les ressources de la société. Les défis sécuritaires auxquels nous sommes confrontés peuvent être utilisés dans cette perspective ou nous fournir l’occasion de revenir aux ressources réelles de la société. Car faute d’avoir tiré la leçon de nos mésaventures, celles-ci se poursuivront et seront plus graves. Nous sommes à un nouveau carrefour de notre histoire, prendrons nous la bonne voie ?

Lorsque les penseurs du XVIII° siècle se sont aperçus que le travail devenait la richesse, l’économie politique pouvait naître et le chemin s’ouvrir pour le capitalisme industriel, l’économie de marché et la démocratie représentative. Tant que les ressources naturelles, la terre et les forêts étaient les principales richesses, la société pouvait être gérée par les propriétaires de ces ressources. Quand la propriété était « privée », dans les mains d’une minorité, on était au mieux dans une sorte de démocratie censitaire. Quand la propriété était collective, non concentrée entre les mains d’une minorité, on était comme dans une sorte de démocratie communale.

Et quand aujourd’hui, les puissances du travail s’objectivent, que le travail se mécanise, s’automatise et se sépare de la société ; que les machines chassent les humains des lieux de travail, que le travail devient un privilège ou un pis aller, toutes les ressources de la société et non un seul genre, redeviennent la richesse. Ainsi ses manières de faire sa cohésion, de faire place aux humains et aux non humains. Car son travail productif n’est plus simplement source de richesse, il est aussi un poison, une menace de destruction sur la société. Le travail automate se sépare de la société et risque de se retourner contre elle et ses populations inutiles. C’est donc tout le « travail » de la société sur elle-même et ses milieux qui peuvent faire sa vraie richesse : la manière qu’elle a de produire et d’entretenir ses différents capitaux comme des soins et non des poisons. Le peuple, la société, l’humain, peu importe comment on le désignera, ce sont eux dont il faudra prendre soin. Produire plus sans créer le revenu pour l’acheter, en détruisant nos liens et milieux, c’est faillir. La sécurité alimentaire, ce n’est pas seulement produire suffisamment c’est donner à chacun accès à sa nourriture. Un article de la nouvelle constitution devrait donc être : « le peuple (1) est la richesse » : essaha ou lahna khir ma leghna. C’est dans le peuple qu’il faut investir et subsidiairement dans ses produits. De nouveaux indicateurs de richesse peuvent alors s’ajouter à la production marchande et orienter sa marche.

Interdépendances, liens personnels et impersonnels

Nous avons jusqu’ici considéré les liens personnels comme les ennemis de la modernisation. Nous avons pris le processus de substitution de liens impersonnels aux liens personnels, pour le processus de modernisation lui-même : nous avons opposé les relations impersonnelles aux relations personnelles sans avoir compris que les premières avaient émergé des secondes et que malgré leur extension elles ne pouvaient tenir d’elles-mêmes. Nous avons pris l’expression matérielle de la richesse pour la richesse elle-même. Nous avons rompu les liens au lieu de les transformer, résultat : parce que nous avons empêché la société de travailler sur elle-même, au lieu de les renforcer nous avons produit de la vulnérabilité et de la désaffiliation. Certains se sont octroyé le rôle de nouveaux prêtres, le droit de penser par eux-mêmes le processus de modernisation sans se rendre compte qu’ils ne devaient, ni ne pouvaient le faire. Car la meilleure protection résidait dans celle du peuple, sa mémoire, son expérimentation, ses capacités. La richesse avait cessé d’être dans le peuple. Un idéal, une représentation de société, un projet qui n’étaient pas les siens, les avaient hypostasiés lui et la richesse.

Les modernistes ont conduit le combat contre les liens personnels dans nos constructions sociales et étatiques pour quel résultat ? Osons la réponse : ils sont devenus le privilège d’une minorité (al ma3rifa) alors que les modernistes et leurs suivants ont en été les dupes. Demandons à nos modernistes ce qui les fait tenir encore ensemble ?
Car la société qui devient plus complexe ne se délie pas sans s’attacher davantage. Son interdépendance ne diminue pas, elle augmente. Elle devient certes plus abstraite, parce qu’elle implique davantage d’humains et de non humains. Plus elle s’étend, met davantage d’êtres en action, plus ses agencements sont complexes, multidimensionnels et plus elle est difficile à entretenir. Faute d’avoir construit les nouvelles interdépendances pas à pas, on se heurte à la difficulté de leur entretien. Pour avoir combattu les liens personnels nous peinons à les faire tenir ensemble. De notre sous-sol nous avons puisé un pouvoir d’acheter qui a écrasé les anciennes interdépendances. Nous nous sommes défaits de nos liens personnels pour dépendre davantage de la société et de l’État, jusqu’à ce que l’écrasante majorité n’ait plus de ressources propres et que ses besoins excèdent les capacités de l’État. Tant que cette nouvelle dépendance semblait fonctionner à notre avantage, que les ressources publiques étaient en mesure de répondre à la masse des besoins sociaux, la substitution de nouvelles dépendances aux anciennes, semblait de libération. Mais dès lors que l’entretien des nouvelles interdépendances commença à faire problème, que les besoins excédèrent les capacités, on se rendit compte que nous avions détruit plus de liens que nous n’en avions produits.

C’est qu’en matière de dépendances, il n’y a pas discontinuité radicale, mais connexion et transformation : si nous nous extrayons de certains liens c’est que nous pouvons nous appuyer sur de nouveaux liens. Dans les réseaux, certains s’atrophient, parce qu’ils ne sont plus activés et deviennent comme des territoires morts, d’autres au contraire germent ou s’interposent, sont vivifiés par d’autres liens et se renforcent. C’est la qualité et l’étendue de nos liens qui font notre richesse ou pauvreté, notre liberté ou notre aliénation. Les ruptures ne sont que des effets globaux. Certains cèdent ici, parce que d’autres là-bas, que l’on avait ignorés, tirent plus fort que cela ne tient ici. Certains qui avaient rompu se rétablissent. Tout compte fait, liens personnels et impersonnels, peuvent se concurrencer, se compléter selon les situations. Ce qui fait leur valeur, c’est l’importance du réseau duquel ils relèvent, la place qu’ils y occupent et le rôle qu’ils y jouent. Et ce n’est certainement pas le lien impersonnel, machinique, qui fait tenir le tout et le porte à s’étendre. Des machineries complexes peuvent bien y prendre place, elles ne subsumeront pas le tout. Ce qui passe dans le tout et le fait tenir, est d’une autre nature.

Comptes publics et comptes privés

Quand nous disons que la rente n’est pas la cause de notre aliénation, il reste qu’elle a été l’instrument qui a déséquilibré nos comptes : nous recevions plus que nous ne donnions, et pour certains, jusqu’à ne plus rien pouvoir donner. Le déséquilibre était tellement puissant pour la plupart qu’ils ne pouvaient redresser leur compte. Plutôt que de se reprendre, beaucoup ont été emporté par le cours des choses, certains ont succombé à force de résister, certains se sont laissés porté, d’autres encore ont surfé dessus, parmi lesquels, certains beaucoup mieux que d’autres. Mais quelles dignités avons-nous ainsi produites ? Pour la majorité, on ne peut distinguer la rente et son usage. Tous les petits producteurs, leur descendance ont été transformés en fonctionnaires. Tout le monde ou presque a vécu de la rente (2). Pour les producteurs nationaux privés, elle fut une arme de guerre utilisée contre eux (3). Que nous ayons accepté qu’un tel déséquilibre devienne durable et s’aggrave, n’est pas normal. Pourtant, nous l’avons érigé en norme et peut-être persisterons nous et demanderons-nous que l’État puisse s’endetter pour persévérer dans ses comptes. Après avoir dissipé une bonne partie du capital des générations futures, peut-être osera-t-on leur laisser des dettes. Peut-on se faire confiance dans cet état ? Certains, décidément, ne pourraient choisir de se repentir.

Était-on donc contraint de dissiper le surplus que nous recevions ? Certainement pas diront certains, il aurait suffi que nous veillâmes à rééquilibrer nos comptes, à ne pas renoncer à rendre ce qui nous était donné. Il aurait fallu mettre un frein à notre consommation, oui, mais, pour investir où, dans quoi, avec un système des prix qui encourageait la consommation et les importations ? Notre élite qui ne voulait pas avouer l’échec de son projet de modernisation, s’érigea en exemple de dissipation, constitua des patrimoines, achevant de démunir les pauvres de leurs propres et maigres ressources pour s’attacher leur dépendance. Ainsi au lieu d’investir, de fructifier le bien de générations futures, nous le dissipâmes et mîmes la société dans la dépendance.

Le président Boumediene n’avait nulle intention de dissiper, mais il le fit parce qu’il compta avec de mauvais comptes. Et tout le monde se mit à avoir de mauvais comptes selon la morale, et des comptes comme il faut, selon le cours des choses. La règle était devenue : dissiper pour pouvoir subsister. Comment pouvait-on croire qu’un homme droit parce qu’unilatéralement déterminé, non instruit de l’expérience et des débats de la multitude, pouvait conduire convenablement une expérience d’industrialisation, de rationalisation de l’activité sociale ? Il a cru pouvoir former et discipliner une armée de travailleurs, les extrayant de leurs liens sociaux, les empêchant de faire avec. Comment pouvait-on considérer les humains comme de simples outils ? Encore qu’un outil ne se prête qu’à certains usages et non à tous. En vérité, il ne fut pas seul dans l’erreur. L’homme providentiel nous donnait l’occasion d’oublier, de sauter par-dessus nos différends, nos mauvais comptes, plutôt que de les traiter convenablement. Nous nous saisîmes de l’opportunité et nous enchaînâmes nos comptes aux siens. Et les humains ne trouvant pas leurs comptes collectifs, restèrent dans le cours des choses, mais cédèrent à leurs comptes privés, s’engagèrent dans des privatisations rampantes. Et voilà où nous en sommes, et certains, de parler d’idéologie néolibérale pour nous donner encore une fois l’occasion de nous distraire de nous-mêmes. Comment donc redresser nos comptes, pouvoir de nouveau être fiers de nous-mêmes face à un monde qui respecte tantôt un certain symbole en nous et tantôt nous traite de terroristes. Voilà la vraie question que la réforme a à traiter. Et elle n’est pas une simple question de pouvoir politique.

L’individu rationnel et abstrait de la théorie économique standard, l’homo oeconomicus, désire recevoir plus qu’il ne donne pour maximiser son utilité : si donc il n’est pas soumis à une autre contrainte morale que celle de l’utilitarisme, s’il n’est pas assujetti à une contrainte budgétaire, sa satisfaction l’éloigne d’une rectitude morale qui n’est plus dans la logique des choses. La reconnaissance sociale qui fait la place de l’individu dans la société est complètement pervertie. Le don n’est plus de soi, mais du bien d’autrui, des générations futures. Sa place dans la société est établie selon sa capacité à dissiper. Et cela se complique avec la globalisation, la place dans la société dépendant de la place dans le monde (4).

Nous n’avons pas à importer cet individu, rationnel et abstrait qui a été produit dans un contexte qui n’a pas disparu avec son apparition. Il est une abstraction utile dans son contexte d’origine et une abstraction qui doit faire ses preuves dans d’autres contextes. Sa fécondité n’est pas automatique, sa stérilité ou sa contre-productivité probables. À titre d’exemple, cette abstraction va parfaitement avec la morale protestante et anglo-saxonne, de laquelle elle ne se sépare qu’en apparence, et qui affirme que réussir dans ce monde imparfait est une preuve de la réussite dans cet autre parfait. Elle peut se développer en son sein.

Et nous n’avons pas à dissocier comptes publics et comptes privés, le comportement des agents et celui de la politique économique, le calcul des individus et celui de la société, il faut intégrer celui-ci dans celui-là et inversement. Aussi parlera-t-on davantage d’individu stratégique : sa réussite s’inscrit dans un contexte et une stratégie.

Économie et discipline collective

Nos politiques publiques se sont souvent définies comme des politiques de l’offre qui nous ont conduites apparemment au résultat contraire : notre politique industrielle d’import-substitution s’est retournée en politiques d’importations. Les rigidités de l’offre nationale qui semblait les justifier n’ont pas été levées. En réalité, la déconnexion dans les prémisses de l’offre et de la demande sociales, s’est retrouvée dans les conclusions. Ce que l’on n’a pas suffisamment distingué c’est que dans une politique volontariste, l’offre crée sa propre demande et non la demande qu’il lui faut pour entrer en équilibre dynamique de plein emploi. Et que l’offre d’aujourd’hui n’est pas l’offre et la demande de facteurs d’hier. Ford a compris et Keynes à sa suite, qu’afin que l’industrialisation puisse avoir sa demande, il fallait que soit mise en œuvre pour l’un, une nouvelle politique des salaires, pour l’autre après la crise, une politique de redistribution particulière. Le marché ne se crée pas instantanément, une offre crée une demande, mais pas la sienne de plein emploi et l’équilibre de plein emploi n’est pas automatique. À moins qu’un ensemble de conditions y préside, les offres et les demandes appartiennent à des sphères de déterminations différentes et ne s’ajustent qu’après un certain travail. Il faut prendre en considération leur autonomie, leurs conditions de production séparées. La production d’une certaine offre doit être accompagnée par la production d’une certaine demande. Si l’on pose l’exemple d’une démocratie économique (telle l’Allemagne où la répartition du revenu national est déterminée par consensus social), c’est le primat de la demande qui est posé : nous consommerons ceci, épargnerons cela pour investir, consommer ou exporter ainsi. Dans le cas d’une démocratie ordinaire, il en sera de même, quitte à ce que les producteurs d’offre avec leur service de marketing participent à la fabrication de la demande. Il y a une différence radicale entre une offre extérieure à la demande, et une offre qui s’inscrit dans l’horizon d’une demande. Oui produire n’est pas vendre, produire suppose un pouvoir de vendre et un pouvoir d’acheter. À titre d’exemple, si nous voulons acheter de l’acier, des voitures que nous produirions nous-mêmes, il nous faut la capacité de production, mais aussi son marché. Tailler la capacité de produire à la mesure d’un marché, produire de l’acier et des voitures pour le seul marché algérien c’est se tromper d’échelle, ou se faire client particulier de l’industrie automobile. Pouvoir vendre, signifie pouvoir produire, mais aussi pouvoir s’attacher une clientèle. Produire des voitures pour le marché algérien, sous-traiter la production de voitures à des Algériens, qu’est-ce que cela veut dire ? Sinon acheter des sous-produits à l’industrie automobile mondiale qui se dispute un marché captif pour lui imposer de mauvais produits ? Peut être cela permettra-t-il d’imposer des quotas à l’importation puis de freiner le désir de l’Algérien d’acheter une voiture devenue made in Algeria. Ce détour est-il bien nécessaire ?

Pour reconstruire l’unité vertueuse de l’offre et de la demande, il faut reprendre le cas d’une économie fermée qui s’inscrit progressivement dans la division internationale du travail. Au centre de cette unité, il y a la transformation de l’épargne en investissement comme discipline collective. On diffère une consommation pour une autre à venir : voilà comment est posé le primat de la demande d’une croissance inclusive. Nous épargnons et investissons pour une production à venir dont nous avons la mesure. Le circuit économique n’est pas rompu, le comportement individuel ou l’action collective interagissent avec la politique économique, l’offre s’inscrit dans une demande (5). Pour engager un réel processus d’accumulation, il faut remettre ce moteur au cœur de la société. Autrement offre et demande continueront d’être disjointes et le capital d’être dissipé ou expatrié. Dans cette discipline collective, ce moteur de la société, loge les préférences temporelles de la société. À titre d’exemple, investir dans la nourriture, l’habillement dans le court terme, l’éducation dans le moyen et le logement dans le long terme, du point de vue d’une vie, ne traduit pas la même préférence temporelle que celle qui déclasse l’éducation en faveur du logement. Mais les préférences ne sont pas pour autant des données intangibles. Une famille qui épargne pour construire une maison plutôt que d’assurer l’avenir de ses enfants a ses raisons. Les ignorer n’est pas le moyen le plus sûr pour lui faire changer de préférences. Une société peut changer de dispositions, si elle en a les moyens et le désir. Pour ce faire, elle doit pouvoir expérimenter que tel ordre dans ses préférences est préférable à tel autre. On ne conduit pas les humains, ou toute autre chose, de manière arbitraire, il faut d’abord se plier à leur nature.

Ensuite ce moteur peut être au départ situé quelque part, avant d’occuper le centre de la société et l’animer tout entière. Il doit être au cœur d’une élite qui puisse être imitée. L’effort d’épargne et la capacité d’investir ne sont pas donnés pour tous au départ. Mais ils doivent pouvoir l’être pour que le comportement économique puisse devenir une règle. Car ne point pouvoir produire, épargner et investir, c’est se mettre sur le ban de la société. L’effort d’épargne doit être partagé, la place occupée dans la société ne peut être justifiée que par le service rendu à l’ensemble de la société. La performance économique ne doit pas être une fin en soi. L’efficacité dans l’équité exige la transformation de la demande non solvable en demande solvable.

La demande au départ de l’investissement permet donc de prendre en compte le pouvoir d’achat de la majorité de la population, la différence entre demande solvable et autre. Il ne s’agit pas de ce point de vue de « produire plus » tout simplement, mais d’abord de « produire pour accroître le pouvoir d’achat de la majorité », transformer des demandes non solvables en demandes solvables. La croissance faible en création d’emplois aujourd’hui ne figure pas cela. Il faut donc se remettre à hauteur de la société : ce que nous pouvons consommer est ce que nous pouvons produire. Et à la hauteur du monde : on ne peut produire de n’importe quelles manières, pouvoir consommer c’est pouvoir partager une production mondiale. Mais pour revenir de l’ensorcèlement dans lequel nous sommes pris, de notre addiction au pétrole, il faut une humilité qui semble nous faire défaut. Une humilité que notre élite actuelle, fille de la dissipation, ne peut pas assumer et défendre auprès de la société. Qui oserait s’y aventurer ? Personne donc pour l’assumer, servir d’exemple et l’imposer aux récalcitrants. Nous avons choisi une certaine fatalité qui nous dispersera davantage. Beaucoup rêvent de sursaut, d’autres de grand soir. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir dit-on, mais jusqu’où irons-nous et que subsistera-t-il après la catastrophe ?

Notes :

(1) Je préfère user de ce terme car plus chargé politiquement que d’autres pour signifier un système social conscient de lui-même, de ses capacités et donc capable de s’instaurer en sujet politique.
(2) Il faut faire une place à part aux non-rentiers. Beaucoup sont de simples travailleurs de services, certains producteurs ont pu résister grâce à la diversité de leurs capitaux. Ils existent et probablement tiennent-ils notre salut entre leurs mains.
(3) Protégés de la concurrence directe des producteurs étrangers, ils ne le furent pas de leurs produits et du système des prix.
(4) Le combat d’hier nous a donné la place d’aujourd’hui, mais la faillite d’aujourd’hui nous donnera la place de demain. Car le capital accumulé n’a pu être transformé.
(5) Dans les sociétés industrielles, étant donné les groupes industriels, le relatif plein emploi, le processus peut être entretenu par un activisme de l’offre.

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