Nouvelle fuite en avant

privatization without consent is theft

privatization without public consent is theft

Par et pour quoi, la faillite de l’Etat algérien a été programmée, voilà une question à laquelle nous répondions dans un article antérieur . J’écrivais : « La faillite de l’État algérien est programmée, comment cela se peut-il ? 1. Par une dissipation de la rente, en épuisant les ressources minières du pays … 2. Après avoir acheté la paix sociale en créant des charges sociales à l’État algérien qu’il ne pourra plus assurer après la dissipation de la rente, il faudra vendre les biens immobiliers de l’État, privatiser ses ressources pour couvrir les besoins fondamentaux de la société algérienne et faire face à la catastrophe. 3. Alors les ressources dissipées qui se sont réfugiées à l’étranger et leurs relais intérieurs pourront acquérir les biens de l’État à bas prix. Ainsi l’inévitable libéralisation arrivera-t-elle, conduite avec un certain cynisme » mais avec la complicité active de la société, aurai-je pu ajouter.

La réponse était donc impersonnelle, le coupable étant notre disposition générale à dissiper. Nous continuons à nous comporter comme si les ressources de la nature étaient inépuisables malgré l’explosion de nos besoins et comme si, à la différence de nos ancêtres, la technologie étrangère pouvait nous dispenser de travailler pour en disposer. Eux dissipaient une nature qui se présentait inépuisable, mais ils travaillaient pour en tirer les fruits. Notre stratégie d’industrialisation dite industrialisante, mais en réalité d’import-substitution, se basant sur une fermeture du marché national, transforma une protection de la production nationale en protection du pouvoir d’achat du consommateur et nous désappris le travail. « A vouloir marcher comme la perdrix, la poule a désappris à marcher », dit le proverbe. Dans le même temps, notre horizon politique tout en conservant des restes de l’horizon révolutionnaire, a été aujourd’hui largement dévasté : libéral et inassumé pour les dirigeants clairvoyants, très en dessous des défis de la globalisation pour la pensée alternative. Certains se sont abandonnés moins que d’autres à cette faillite programmée. Certains ont pris conscience d’eux-mêmes et de leur situation plus tard que d’autres qui n’ont pu mieux faire que d’en profiter. Aujourd’hui, il s’agit de savoir qui va oser cueillir les derniers fruits de cette faillite et risquer de devoir payer pour tout le monde ? Quelle sera la victime candide sur laquelle se déchargera la majorité coupable pour refaire son innocence ? La bataille politique et médiatique d’aujourd’hui a tout l’air d’être concernée par un tel sujet.

C’est à partir de cette thèse que je reviens pour soutenir aujourd’hui que la privatisation constitue la nouvelle fuite en avant du pouvoir d’Etat national. Après la crise des années quatre-vingt où il avait décidé de surfer sur les nouveaux revenus pétroliers qui avaient repris de l’allant avec la nouvelle demande des pays émergents, il se décide aujourd’hui pour une privatisation du patrimoine public pour regonfler la fiscalité. Il s’agit d’aller maintenant à la privatisation du sol et des biens immobiliers publics. De poursuivre l’accumulation primitive du capital, comme dirait le professeur A. Benachenhou.

Or ce qui est nouveau avec la globalisation c’est que la croissance n’est plus synonyme de progrès social mais d’accroissement des inégalités sociales. La tendance à la polarisation du marché du travail dans le monde globalisé n’est pas un fantasme : toutes les sociétés du monde en sont frappées et en souffrent d’autant qu’elles ne sont pas compétitives. Le second salaire qui va être accordé aux bas revenus pour soutenir la politique de subventions ciblées risque d’être de courte durée. Chose dont ne peuvent pas se rendre compte aujourd’hui les citoyens. Mais entretemps la classe moyenne, fer de lance de la demande sociale, aura été soumise à une double pression économique : celle de l’austérité et celle de l’industrialisation prolétarisation conduite par des puissances technologiques extérieures. Double pression dans laquelle elle aura été coincée car exposée à une autre politique : la politique de subventions ciblées va mobiliser la classe des bas revenus contre le reste de la société. Ainsi l’on sera parvenue à faire imploser l’ancienne structure sociale sans que les individus et les collectivités n’aient lieu les moyens de se restructurer. La programmation de la faillite de l’Etat algérien sera donc aussi la programmation d’un chaos social. Ce que n’auront pas anticipé les charognes qui auront voulu profiter de telles défaites mais n’auront pas pu surfer sur la vague et l’abandonner au moment de son effondrement. Ceux-là pourraient être ceux qui, voulant prendre sans être pris, se retrouvent à la place de ceux qui devront payer pour tous les autres.

Aussi la crise de la fiscalité pétrolière va être l’occasion pour les puissances d’argent d’accéder à des moyens de production et des ressources qui étaient jusque là sous-utilisés et qui vont être libérés pour être « rationnellement » utilisés. Pour ce faire, le pouvoir de commander à ces ressources et moyens de production, va être soumis aux pouvoir d’acheter de ces puissances d’argent. Ce ne sont pas les ressources collectives sous-utilisées des citoyens qui vont être libérées pour ceux-ci. Celles-ci continueront d’être bloquées pour qu’elles puissent être l’objet d’une appropriation sauvage. Ce sont les ressources collectives dont a hérité le pouvoir d’Etat du colonialisme spoliateur qui vont être libérées pour être appropriées par les nouvelles puissances d’argent. Après s’être battues pour s’approprier les flux majeurs de la rente pétrolière, elles vont se disputer les ressources anciennement gelées et nouvellement libérées.

Cette appropriation privée nationale avec le concours des puissances technologiques étrangères va conduire à une nouvelle concentration des revenus que la société algérienne ne pourra pas supporter. Il faudra se préparer à un second tournant, quand la société se rendra compte que la privatisation conduite sous les motifs de l’industrialisation et de la croissance n’aura conduit qu’à son appauvrissement. L’accompagnement par les puissances étrangères du processus de privatisation les rend coresponsables de l’appauvrissement de la société algérienne. Se posera alors le problème des contrepouvoirs au pouvoir de commander des puissances de l’argent. Et la société pourra constater qu’elle a été dépossédée du contrepouvoir qu’aurait pu constituer la propriété collective du sol et du sous-sol. De quel recours pourra-t-elle alors disposer contre le dieu Argent ?

Pour qu’un tel processus de privatisation ne s’impose pas comme une fatalité, il faudrait retirer au pouvoir d’Etat la légitimité d’exercice (Juan J. LINZ) que lui confère la satisfaction des besoins populaires. C’est en se justifiant du déséquilibre des finances publiques, que cause le poids des transferts sociaux, que s’autorise aujourd’hui le tournant libéral. La société a causé sa perte, en voulant vivre comme les riches sans travailler, elle se retrouve dépouillée, car sans pouvoir citoyen : ni propriétaire, ni contribuable, ni consommateur électeur. Sa voix est sans valeur, elle peut être ignorée.

Pour refuser le tournant libéral et ses conséquences expropriatrices, les travailleurs ne peuvent se contenter d’adopter une position défensive quant à leur pouvoir d’achat sans prendre en compte la qualité de leur contribution. Il faut remettre en cause le système de production et de répartition du revenu. Le système de production et de répartition que nous promet la libéralisation étatique sera soumis à un double mouvement, baisse du revenu moyen du fait du laminage de la classe moyenne et une concentration des revenus, le tout par le moyen du « progrès » technique. De quoi créer un choc social insupportable.

Le fer de lance du changement est aujourd’hui la classe moyenne. La classe ouvrière a déjà été démantelée par l’automatisation. L’industrialisation des services va maintenant s’attaquer à la classe moyenne. L’ennemi c’est la prolétarisation qui dépossède le travail de ses puissances créatrices, qui incorpore le savoir dans les machines, transforme le travail de la majorité en appendices de la machine, qui accentue la concentration des revenus dans la tranche supérieure. La classe moyenne doit se battre au-delà de son déclassement, pour son reclassement, pour un autre rapport de la société au savoir, au pouvoir. C’est dans ce sens, actrice et pas simplement victime, qu’elle peut être le fer de lance du changement.

Le combat contre l’oligarchie a un sens, est impersonnel, dans la mesure où il remet en cause les processus de production qui aboutissent à de tels processus de répartition de revenu. Il faut se battre pour un système de production et de répartition équitable et résilient qui soit en mesure de faire face au système de production et de répartition asymétrique qui concentre les puissances et les revenus dans les mains d’une minorité sociale. Il faut développer les capacités des citoyen(ne)s, le capital social et le capital humain, non les capitaux matériels et financiers de quelques particuliers soumis à une concurrence monopolistique. Le combat contre l’oligarchie passe impérativement par une désétatisation de la propriété collective et une désétatisation de l’économie. Il ne servira à rien de décentraliser si les ressources demeurent centralisées. La libéralisation étatique ne peut qu’être instrumentalisée par une oligarchie. La libéralisation doit avoir l’assentiment des collectivités locales, sans quoi elle dressera deux classes de la société l’une contre l’autre. Et sans que l’on puisse, dans notre cas, préjuger d’une victoire de l’une d’entre elles.

Il y a là, une véritable révolution qui transforme un individu irresponsable en un individu socialement responsable. Sans une telle révolution, nous courrons à notre perte. Reconstruire la responsabilité individuelle et collective, voilà ce qui peut restaurer la confiance, réduire l’incertitude et fonder la solidarité sur une base réelle. Nous sommes tous responsables des biens communs, individuellement et collectivement. Il faut en établir les conditions et les règles. Nous ne pouvons continuer à nous décharger sur un Etat lointain qui a construit son pouvoir de commander sur des monopoles qui le soustraient à notre contrôle. De nos mémoires collectives et de l’expérience du monde nous pouvons trouver les ressources. Pour cela il faudra nous mettre à la fois à la hauteur de nos expériences et de celles du monde, car le monde change et nous avec.

Notes :

(1) La faillite de l’Etat algérien programmée https://arezkiderguinidepute.wordpress.com/2013/04/03/la-faillite-de-letat-algerien-programmee/
(2) Prolétarisation selon Bernard Stiegler http://arsindustrialis.org/prolétarisation

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