Le militantisme, un acte citoyen

boycott israel1. Questions de généalogie

1.1. Le militant descendant du militaire

Le terme militant vient du lat. militare, de miles, militis, soldat. Au XVe siècle, militer s’est dit en son sens propre, être soldat. Le terme de soldat renvoie lui au terme de solde qui veut dire salaire. En simplifiant peut être un peu, on peut dire que le soldat fut le premier salarié. Deux généalogies différentes donc que celle du soldat et du militaire, bien qu’elles aient pu se mêler.

Le militant tient donc du militaire, du guerrier par son engagement : il s’engage dans un combat, pour une cause, très souvent la justice sociale ; engagement qui peut mettre en jeu sa vie dans une guerre contre un ennemi : l’oppression, l’occupation.
De ce point de vue, le militaire a souvent donné lieu à une classe de guerriers. La société européenne s’est d’abord divisée en guerriers et paysans. En guerriers propriétaires et paysans non propriétaires souvent. La société précoloniale algérienne n’a pas connu une telle différenciation. Il n’y a pas de spécialistes de la guerre à proprement parler, il y a des « moudjahidine », des combattants.

Le militant tient aussi du militaire par l’organisation. Que ce soit dans le cadre d’un parti où il obéit à une idéologie et à une hiérarchie comme dans une armée régulière, ou dans une association où il obéit à une organisation qui s’apparente plus à celle d’une guérilla, qui se fait et se défait en fonction des objectifs du combat. Dans le premier genre, la discipline se rigidifie, dans le second elle reste souple et adaptée aux moyens et aux fins de l’organisation. L’organisation aujourd’hui est mieux représentée par l’entreprise civile et est l’objet de la science du management.

1.2. Le citoyen descendant de la cité souveraine

Le terme de citoyen, signifie étymologiquement, l’appartenance à une cité, avec une référence à la cité grecque. Le citoyen grec est alors un propriétaire qui dispose d’un surplus de temps et de revenu qui lui permet de participer à la vie de la cité, de consacrer une partie de son temps, de son bien et de lui-même aux affaires de la cité. Le citoyen est un propriétaire contributeur d’une cité souveraine qui décide d’elle-même, d’opérer des travaux publics ou de faire la guerre. Comme contribuable, il participe au financement des travaux publics, comme militaire à la défense de la cité, comme usager il jouit des droits que la cité accorde à ses membres.

1.3. Le militantisme est un acte citoyen, un acte politique

1.3.1. Citoyen accompli et inaccompli

Dans la mesure où la cité ne décide pas d’elle-même, le « citoyen » n’est pas accompli.

Dans le monde complexe d’aujourd’hui l’autonomie ne se conquiert pas sur soi-même seulement, mais sur soi et sur le monde. Être autonome dans sa cité, dans son village exige dans le même temps être citoyen du monde. L’accomplissement de la citoyenneté se réalise simultanément dans le village et dans le monde qui le contient.

1.3.2. Le militant, un citoyen en devenir

L’accomplissement de la citoyenneté exige donc un engagement politique. On naissait citoyen, on le devient. Car le monde qui nous dépossède de la décision ne cesse de changer.
L’autonomie de la cité qui le réalisera devient un objectif. S’élever au statut de sujet de l’action, c’est se situer, naviguer dans le cours des choses aujourd’hui mondial.

2. Souveraineté et interdépendance. L’action sur le cours des choses.

2.1. Le devenir global du local et local du global

Faire partie de la cité, du village c’est faire partie du monde. Le village dans le monde. Global et local deviennent inextricables.
Agir en tant que citoyen c’est pouvoir agir sur le cours des choses, c’est être une force active dans le monde.

C’est agir pour transformer un état de fait collectif, global et local. Les conduites sont une localisation du global et une globalisation du local tout à la fois. Entre l’état de fait local et l’état de fait global, la différence n’est que de point de départ, il peut y avoir toutes sortes de relations : symétrie ou asymétrie, synergie ou résistance, friction ou fusion, disjonction ou conjonction etc. Il faut envisager le devenir du global en local et du local en global.
Le devenir citoyen passe par la construction d’associations en mesure de se donner certains buts et de les réaliser.

2.2. Le cours du monde et la souveraineté :

La gouvernance globale et la gouvernance locale : une coresponsabilité asymétrique.

Le mouvement global est dirigé par les grands Etats, les organisations civiles mondiales et les grandes entreprises
Le mouvement local comprend le mouvement des petits Etats et moyennes entreprises.

Symétrie : ajustements, composition des mouvements locaux et globaux; asymétrie : globalisation du local d’un côté et localisation du global d’un autre.

3. Le militant VERSUS l’homo-economicus. La conquête de la souveraineté économique

3.1. Le pouvoir de commander.

Le pouvoir est pouvoir de commander. Le pouvoir d’acheter est aujourd’hui un pouvoir majeur de commander aux hommes et aux choses. Il est porté par des producteurs et des consommateurs.

3.2. L’AUTONOMIE dans l’INTERDEPENDANCE, souveraineté sociale dans l’interdépendance

La souveraineté économique c’est l’autonomie de la société dans l’interdépendance économique globale. C’est l’équilibre des comptes externes d’une société, c’est sa capacité à amortir les chocs externes, à conserver une autonomie de décision. Ce n’est pas l’autosuffisance en général, mais en certaines matières, et l’adaptation aux circonstances pour le reste.

Le militant est la partie prenante du processus de création de richesses qui devient citoyen d’une société souveraine économiquement, dont les comptes extérieurs sont équilibrés : qui produit plus qu’il ne consomme. La société doit ajuster sa consommation et sa production pour accéder à la souveraineté. Pouvoir exporter et importer selon les circonstances pour préserver son autonomie.

A la différence des sociétés antiques, en plus d’être un citoyen propriétaire et contributeur-contribuable, avec la prédominance de l’échange marchand, il est un citoyen usager qui accède à une nouvelle dignité celle de consommateur. Car après la production, et sa classe ouvrière, c’est la consommation, et ses classes moyennes, qui devient la force de masse.

L’homo-economicus, soumit au simple calcul qualité-prix oublie d’où lui vient son pouvoir d’achat (de la puissance productive sociale) et se soumet aux puissances productives dominantes auxquelles il n’appartient pas. Son pouvoir d’acheter n’est pas au service de la puissance productive qui le porte. Son pouvoir de commander aux choses et aux hommes, n’étant plus soutenu par son pouvoir de produire, il se contracte alors.

C’est dans ce sens que le marché est une construction sociale. Il est l’articulation d’offres et de demandes qui donne au marché sa cohérence, son dynamisme. Lorsque le contrôle du marché est livré à des forces extérieures (contrôle monopoliste), il se vide de ses forces. Il est construit de l’intérieur, lorsque des forces internes conforment ses offres et ses demandes de sorte à assurer sa croissance, leur croissance. Un marché où la demande excède l’offre mais où la demande ne peut être contenue, sera désarticulé. Dans le cas inverse, il sera dynamique.

Dans l’économie ou société de marché, le consommateur vote avec son argent. Il accorde ses suffrages à telle ou telle producteur, à telle ou telle puissance productive. Avec le pilotage mondial de la consommation, il est conduit par la logique prix/qualité à voter pour les puissances productives dominantes, pour les équipes de production d’autres parties.

L’économie comme le sport est une compétition sociale. Elle peut être organisée de la même manière, avec ses champions et ses championnats.

3.3. CONTREPOUVOIRS :

1. La CONSOMMATION

Face à la globalisation de la production, la résistance sociale passe par la demande, le contrôle de la consommation, l’organisation des forces de consommation. Le monde est gouverné au travers de la répartition de ses offres et de ses demandes. Sa démocratisation corrigera ses asymétries de pouvoir qui opposent de puissants pouvoirs d’achats à d’autres plus faibles.

Pour accéder à la citoyenneté, le militant doit voter avec son argent. Il doit soutenir la production qui promet d’accroître son pouvoir d’achat futur et non celui qui l’hypothèque. Il doit fabriquer ses champions et faire son petit jardin.

2. La PROPRIETE :

Le devenir global de la propriété privée tend vers sa concentration, sa mondialisation. La propriété nationale de la terre est menacée.

Le citoyen dans la société antique était copropriétaire. La propriété, pouvoir de commander sur l’objet possédé, conditionnait la participation à la décision collective. Les propriétaires décidaient par leur pouvoir de commander aux choses et aux hommes.

Aujourd’hui la propriété est un pouvoir mineur de commander, celui d’exploiter porte un plus grand pouvoir. Sauf lorsqu’elle contrôle l’accès à l’exploitation et configure les conditions d’exploitation. Elle doit davantage être considérée comme un contrepouvoir.

La propriété ne doit donc pas être perçue sous le seul angle de l’exploitation : exploitation collective ou individuelle. Mais par le pouvoir de commander à l’exploitation qu’elle attribue. Par exemple, la propriété collective de la terre permet à la collectivité de décider de son usage : que produire, dans quelles quantités (quel besoin satisfaire) et par qui (quel emploi et quel revenu créer) par exemple. Ceci étant fixé dans un cahier des charges, l’exploitation peut être confiée à des particuliers. Il reviendra alors à la concurrence et à l’organisation de définir la manière dont elle sera exploitée. De « produire » la technologie adéquate en innovant ou en imitant. Ce qui crée une dynamique de l’offre et de la demande technologique.

Le marché est libre dans le sens où il reste ouvert de l’extérieur et auto-construit de l’intérieur par les producteurs et les consommateurs que sont les citoyens. L’importation et l’exportation sont ainsi soumises aux votes des citoyens : ce qui accroit leur pouvoir est importé et exporté, ce qui le diminue est écarté.

Afin de se protéger d’une globalisation dépossédante, il faut mettre la propriété privée sous un régime collectif. Elle doit rester soumise à des droits collectifs (dont celui de préemption). La propriété collective soumise à des règles collectives (d’usage et d’échange) n’est pas exposée à la « tragédie des communs », à la dissipation. Nos traditions fournissent de nombreux exemples. Au contraire elle est protégée d’une défaillance individuelle ou étatique.

L’autonomie régionale n’est pas une menace pour l’autonomie nationale elle en est une condition : la globalisation des marchés expose la propriété privée de l’Etat et des particuliers à l’accaparement extérieur des terres par le processus d’endettement de la globalisation. Car elle ne se peut et ne pourra se vouloir qu’autonomie dans l’interdépendance.

La permanence de l’Etat n’est pas associée à la propriété de la terre mais à celle d’un marché national. Il soumet donc la propriété à la logique du marché d’abord national puis global.
La région est davantage associée à la permanence de la propriété quant à son devenir. La propriété collective est un meilleur contrepouvoir que la propriété privée étatique. Elle constitue aussi la bonne échelle pour définir le type de combinaison de facteurs de production et leur rémunération qui sont en mesure d’accroître le pouvoir de commander de ses citoyens.

Elle est le lieu de partage le plus intense des connaissances, de l’information. Elle constitue le milieu de transaction le plus performant.

Elle est avec la ville qui en fait partie, l’espace d’émergence du citoyen le plus vraisemblable.

3. L’IMPÔT

Le contribuable est l’autre personnage qui peut faire contrepoids aux grandes puissances de production. Il constitue avec la propriété collective, le consommateur le troisième contrepoids au capital globalisé.

Dans les pays sans aversion pour l’impôt, qui croient aux vertus du groupe et de l’Etat, l’électeur fixe les fins assignées à la production en vue d’assurer l’autonomie sociale et la sécurité économique. Il fait contrepoids à la finance globale.

CONCLUSION

Dans une société qui a longtemps vécu d’une fiscalité pétrolière, la responsabilité étatique a dispensé de la responsabilité individuelle et collective. L’individu déresponsponsabilisé obéissait à une logique de la décharge. Ses droits portaient à faux. Nous sommes à l’opposé du citoyen propriétaire protecteur de son bien, du contributeur demandeur de comptes et du consommateur vertueux.

Les voies de la militance, la conquête de la citoyenneté, passent donc par la reconquête de tels contrepouvoirs : car le droit d’avoir des droits ici se confond avec le droit d’avoir des pouvoirs et des devoirs ; car le droit sur soi et son produit est dans le monde interdépendant d’aujourd’hui un droit sur autrui. Droit d’être propriétaire donc partie prenante du pouvoir de commander ; droit d’être contribuable ou contributeur pour décider des travaux d’utilité commune ou d’intérêt général et pouvoir de demander des comptes; droit d’être une force de consommation afin de déterminer quelle force productive accroitre.

Deux exemples

Les déchets : Nous produisons des déchets plutôt que des matières parce que nous les mélangeons. Nous allons confier, à l’image de certaines sociétés capitalistes, à des entreprises le soin de récupérer des matières et à l’Etat le soin d’enfouir le reste dans le sol. Nous avons acheté des produits qui vont nous coûter plus cher que leur prix d’achat (coût de l’enfouissement que ne paiera plus la fiscalité pétrolière) et qui vont enrichir des entreprises qui n’ont pensé qu’à leur profit et ont importé une technologie qui ne nous apprendra rien. Comment savoir ce que la société a gagné dans cette affaire ? Comment croire que les intérêts privés que nous avons accueilli s’intéresse à notre intérêt commun ?

La collectivité doit définir la manière dont la collecte, le tri et la récupération doivent s’effectuer de sorte que ces opérations soient profitables pour elle avant de confier à des intérêts particuliers leur mission. L’organisation collective doit précéder et encadrer la privatisation. L’effort collectif doit être prolongé par celui privé. Celui privé doit être compris dans celui collectif.

Le transport : avec l’augmentation du prix du carburant, il est possible de passer du transport privé à l’organisation collective du transport. En créant des plateformes locales de covoiturage, de transport peer to peer, il est possible de valoriser le parc automobile et de créer des revenus. L’ubérisation peut être assumée plutôt que subie.

L’Etat algérien est capitaliste dans le sens où ayant hérité du colonialisme, il a persisté dans la dépossession des Algériens des instruments de la citoyenneté dont celui de la propriété.

L’asymétrie introduite par le colonialisme entre la société autochtone et la société coloniale a été considérée comme une ressource par l’Etat indépendant étant donné la faiblesse des ressources. Leur concentration était alors justifiée. Aujourd’hui, elle a trop duré et appauvri la société. L’asymétrie de pouvoir favorise le statu quo, l’émergence de faux champions, non pas le dynamisme et l’innovation.

L’Etat algérien, à cause d’une telle nature, préférera privatiser la propriété privée d’Etat du sol à des entreprises plutôt que de la restituer aux collectivités ; il préférera confier la mission d’intermédiation entre des pairs à une entreprise capitaliste, ceci afin de prélever ses revenus plutôt que de laisser les citoyens s’organiser et réduire sa voilure.

Si le cours actuel des choses se maintient, si la société et les individus persistent dans une logique de décharge et de prédation, l’Etat ne pourra que s’abandonner au cours des choses au profit de ses lieutenants.

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