A propos du programme national de distribution du gaz naturel

gazoduc La première explication qui justifie le retard de la wilaya dans son programme de développement réside dans la crise de la médiation et de la représentation. Les élus ne représentent plus les citoyens et les représentants de l’Etat ne représentent plus l’intérêt général. Aujourd’hui il faut faire avec l’esprit selon lequel, chacun représente ses propres intérêts. Aussi l’expression des citoyens est-elle aujourd’hui intempestive et massive. Ils engagent un rapport de force directe avec l’autorité centrale en l’interpellant au travers de ce qu’il a la garde, l’intérêt général. Tout le monde réclame le Wali et le premier ministre. Il faudrait faire en sorte qu’ils puissent s’exprimer au mieux et non au pire. Il faut y voir un bon commencement vers une réhabilitation de la médiation et de la représentation. Et non un signe de mauvais augure : les Algériens sont ingouvernables !
Ainsi un danger menace : la manipulation des intérêts particuliers les uns contre les autres. Les intérêts de certains citoyens sont opposés à d’autres et ne trouvent pas d’instance de régulation. Le recours à la force publique manquant de justification, les litiges perdurent. Un représentant des comités de villages de la daïra de Chemini a parlé lors de la réunion tenue à la salle des congrès de la wilaya de Béjaïa, pour débattre du programme de distribution publique du gaz, du risque de division de la société auquel expose la démarche qu’ils ont entreprise. Je pense que l’esprit de leur démarche n’est pas de division, bien qu’elle puisse en porter le germe, et sera vite compris et partagé par les autres communes et villages de montagne. Ce qui est plus risqué serait d’aggraver une rupture qui touche la solidarité nationale.

J’ai suivi deux dossiers. Celui du gaz d’Aokas depuis le début de mon mandat et récemment celui du gaz de la daïra de Chemini. J’en avais parlé au ministre de l’énergie et j’avais demandé la rencontre de son directeur de l’énergie. Deux problèmes impliquent la gestion du Wali.

Dans le cas d’Aokas, on se rend compte que les projets d’utilité publique ne doivent plus s’effectuer dans le cadre d’une gestion obscure du foncier. Les citoyens veulent et doivent participer à la gestion du foncier. Ils ne peuvent admettre qu’une telle gestion soit à la discrétion d’un représentant de l’Etat, fut-il le Wali. L’exigence d’une gestion transparente se fait de plus en plus pressante. Un individu ne peut s’approprier gratuitement des terres agricoles propriété privée de l’Etat sans autorisation légale et son voisin être empêché de vendre légalement sa propriété au prix de marché. En des termes plus généraux, les citoyens ne peuvent assister au squattage de la propriété publique par des particuliers et être contraints de céder leurs droits au nom de l’intérêt général. Les citoyens en peuvent se soumettre à une telle injustice. Ils ne distinguent plus l’intérêt général de certains intérêts particuliers, cela est devenu une évidence dans la wilaya.

Premières conclusions : 1. Les projets d’utilité publique ne peuvent plus faire abstraction d’une gestion du foncier et des intérêts particuliers qu’elle implique ; 2. il deviendra impossible de ne plus exproprier les propriétaires pour le passage du gaz à partir du moment où la zone est urbanisable. 3. Nous suggérons la création d’un fonds spécial pour les indemnisations auquel sera attachée une responsabilité qui devra rendre compte précisément de chaque cas et qui opérera dans la transparence la plus complète.

Car il devient irréaliste d’appliquer une règle unique à tous les cas d’indemnisation, la même superficie n’a pas la même valeur d’un citoyen à un autre. La terre a une valeur marchande, une valeur sociale dont on ne peut faire abstraction aujourd’hui. Marchande ou sociale, cette valeur ne peut relever de l’appréciation d’un fonctionnaire mais de la société. Pour ne prendre qu’un exemple, il y a une différence entre celui qui a acheté, celui qui a hérité et perdu son lien avec la terre et celui qui valorise et est valorisé par sa terre.

Dans le cas de Chemini comme dans celui d’Aokas, les citoyens veulent être informés, impliqués dans la conception des programmes. Ils ont parlé de manipulations du programme et des intérêts. De manière générale les citoyens veulent participer à la définition du programme de développement afin que leurs intérêts puissent être pris en compte. Il n’est plus acceptable par exemple que le réseau de transport du gaz puisse être établi sans consultation et discussion publique. Il faut remédier à la crise de la médiation et de la représentation.

2. Mais dans le cas de la daïra de Chemini, il y avait davantage. Il y a la crainte que leurs villages puissent être exclus du programme de distribution publique du gaz du fait de la diminution des ressources fiscales pétrolières. Le représentant des comités de villages ayant intervenu devant la commission interministérielle avant de se retirer, à parler d’exclusion.
Il est pour eux inacceptable que face au risque de diminution des recettes pétrolières le programme national de distribution du gaz naturel puisse être mis en cause. Inacceptable que leurs villages puissent ne pas être alimentés en gaz naturel à cause d’un manque de ressources publiques. Et en cela il représente tous les villages de montagne de basse Kabylie. Pourquoi les privilégiés seraient-ils toujours les mêmes ? Pourquoi commencer par les villes pour finir par oublier les montagnes à l’hiver rude ? Comment arbitrer entre les divers intérêts ? Pourquoi Tinebdar est inscrite sur la deuxième tranche et Fenaïa sur la troisième alors que la conduite de gaz passe par la deuxième commune avant la première ?
Les coupures de route sont donc aussi le résultat de la manipulation par le wali du programme et des attentes des citoyens. Il sait les goulots d’étranglement et les moyens d’en venir à bout mais il préfère mentir et promettre. Bien sûr il n’est pas seul responsable de sa politique. De ce fait, nombreux sont les citoyens qui accusent l’Etat de marginaliser la région. Changer de Wali n’est donc pas la solution. Le programme de réhabilitation du gazoduc de vingt pouces accuse un retard considérable. La commune de Tinebdar qui n’était pas inscrite dans la deuxième tranche du programme de la direction de wilaya de l’énergie, se retrouve dans la deuxième tranche du programme national. Elle verra son réseau de distribution réalisé de manière injustifiée avant celui des autres et avant que la réhabilitation du gazoduc ne permette son approvisionnement alors que l’on a renoncé à réaliser celui de la commune de Melbou parce que le transport va faire défaut. Des contradictions aveuglantes !

Dernière conclusion : le programme de distribution du gaz naturel doit être achevé le plus rapidement possible. La réhabilitation du gazoduc vingt pouces doit devenir une priorité absolue, la programmation de toutes les communes et de tous les villages doit être établie rapidement (1). Il ne peut plus être question de troisième tranche et de prochain plan quinquennal.

Note :

(1) Je rappelle que lors de la convention sur l’énergie organisée par le parti du Front des Forces Socialistes, le professeur Omar Khelif avait proposé de réserver des gisements précis pour la consommation nationale.

Arezki DERGUINI
Bgayet le 28.11.2014 08 :39

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