Auto-organisation versus étatisme, Etat plurinational versus Etat national

FITNA  Ghardaïa est une occasion pour l’Etat algérien de se restructurer, de recomposer l’unité nationale sur des bases durables et de donner l’exemple aux pays voisins victimes d’une crise prémonitoire. Les défenseurs de l’unité nationale ne sont plus ceux que l’on croit être et la défense de l’unité nationale n’a plus le même sens. On peut dire aujourd’hui que ce sont les subventions qui constituent le pilier fondamental de la solidarité nationale des algériens. Les subventions ont défait les liens de dépendance entre les Algériens et nous sommes loin de la solidarité organique dont parlait le maître des sociologues de l’école française. La communauté mozabite constitue l’exception dans le paysage politique algérien, une communauté dynamique dans une société bloquée. Elle est la seule communauté à ne pas demander plus d’Etat. Elle pressent la faillite de l’étatisme et exprime une demande politique comme solution aux problèmes de l’Etat algérien qui va devoir se défaire à plus ou moins brève échéance d’un certain nombre de ses engagements vis-à-vis de la société, qui va devoir « libéraliser » contre la volonté publique. L’Etat algérien n’est plus en mesure de former ses citoyens, de leur donner un emploi. Le drame de Ghardaïa oppose deux types de population, l’une représentative de la société algérienne fortement dépendante de ressources non renouvelables et une autre qui s’est toujours attachée à développer des ressources propres, à se préserver une certaine autonomie. Alors que la première persiste à entretenir la confusion Etat, société et économie, la seconde travaille à la lever. Alors que la première ne consent pas à avoir de représentant propre autre que celui qui lui permettrait d’obtenir davantage de l’Etat algérien, alors qu’elle recherche des titres et non des compétences, la seconde en exige pour mieux développer ses capacités. Elle avance de véritables représentants à la société globale, et de ce fait, est en mesure de négocier le retrait de l’Etat d’un certain nombre d’activités, libérant ainsi des marges de manœuvres aux mouvements de l’Etat qui doit affronter les défis d’une restructuration régionale inédite. Refuser une telle offre, la présenter comme une demande de sécession, c’est faire preuve d’irréalisme, c’est rester attaché à des intérêts en voie d’être dépassés, cela représente une attitude suicidaire. L’unité nationale ne peut pas être préservée par le refus de la décentralisation. Au lieu de parler de libéralisation, il aurait mieux valu parler de décentralisation. Car qu’est-ce fondamentalement que la transition démocratique, sinon le passage négocié d’un système centralisé à un autre décentralisé, économiquement et politiquement ? La dissociation de la notion de transition de celle de décentralisation n’est pas innocente. C’est la notion de décentralisation qui permet une transition ordonnée d’un système centralisé à un système démocratique que la notion de révolution ne fait qu’obscurcir. Démonopolisation, compétition au service du plus grand nombre, telles sont les notions du même ordre.

MOZABITESIl faut admettre que l’Etat national a failli en dehors de ses bases occidentales, trop coûteux pour les sociétés africaines qui l’ont adopté pour faire partie de la communauté internationale ; il est raté dès le départ. Il n’est pas le produit des besoins des sociétés émergentes mais de ceux du système international. Cet Etat a dû, pour s’imposer, rejeter le pluralisme social et politique de ces sociétés et conséquemment leur liberté d’expression, le développement de leurs ressources propres. La transformation du lien social comme construction sociale a été éludé. Elle a été confondue avec la construction étatique. La démocratie nationale, l’Etat de droit ont tout de suite achoppé sur leurs présupposés européens inexistants dans les nouvelles sociétés. Le compromis international est revenu trop cher à ces sociétés. En se coulant dans le moule de l’Etat-nation, elles ont étouffé leur dynamique propre, elles ont du subir une organisation qui n’était pas la leur. Ainsi l’Etat national a fini par constituer une redoutable machine de guerre contre les sociétés émergentes, dès lors que ces sociétés n’ont pas su s’approprier ces machines pour s’inscrire dans un monde construit par les sociétés dominantes.

Le marché n’étant plus une (auto-)construction de l’Etat-nation, mais du monde et des nations-Etat , l’Etat plurinational a un avenir qu’il avait perdu avec le triomphe et l’universalisation de l’Etat-nation européen au cours du XX° siècle. La société des nations semble aujourd’hui vouloir s’émanciper de l’Etat-nation. Celui-ci se délite avec la défection du marché national. Cela s’observe d’abord dans les vieilles sociétés d’Amérique Latine, où l’Etat-nation avait exclu les sociétés natives. En janvier 2009 la nouvelle constitution bolivienne, consacre l’avènement de l’État « plurinational » . Mais cela pointe aussi en Europe, où l’Union européenne rend possible l’expression de nouvelles collectivités régionales qui veulent pouvoir gérer leurs affaires au sein de l’Europe mais non plus au sein de leurs anciens Etats-nations : Flandres, Catalogne, Ecosse etc. Les difficultés croissantes de l’Etat-nation pour assurer la fonction de solidarité, laissent émerger de nouvelles ou anciennes solidarités de substitution. D’un autre point de vue, les processus d’individualisation se différencient, l’échelle nationale acquiert une autre valeur. Le monde fait l’épreuve d’un autre processus de centralisation-décentralisation pour trouver ses équilibres .
Un point mérite d’être relevé dès à présent, à la différence de l’Etat-nation où l’économie politique a séparé le consommateur-producteur du citoyen, la nation-Etat associe le citoyen au consommateur producteur. Ici est absent ce que l’on pourrait appeler le civisme économique, là il imprègne fortement la société. Un autre type de solidarité est ici en jeu. De ce point de vue, on peut ajouter que les Etats-nations qui souffrent le moins de la globalisation sont ceux où économie et politique ont été le moins opposés, ceux qui s’avèrent être autant des Etats-nations que des nations-Etats.

Arezki DERGUINI
Bgayet le 14.09.2014

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