Du débat public et de la reconstruction du consensus

Group-DecisionPour rétablir le lien entre le travail politique et la dynamique sociale nécessaire à une transformation pacifique de l’organisation de la société et de l’Etat, il faut passer par le débat public. C’est dans et par le débat public que peut se construire l’unité de la société, sa dynamique et ses règles de fonctionnement.

Construire l’unité de la société dans le débat, c’est permettre à la société de construire une image d’elle-même qu’elle projetterait et dans laquelle elle s’identifierait. C’est permettre à la société de se penser elle-même, aujourd’hui et demain, et de faire de son inscription dans le monde une insertion volontaire, consentie et assumée. C’est définir une société soutenable comme cadre d’expression et de réalisation des aspirations et intérêts particuliers. C’est convenir d’un intérêt collectif, d’une existence collective que le monde puisse recevoir et qui puisse promouvoir, valoriser et défendre des êtres et des intérêts particuliers.

Dans une économie de la contribution, l’intérêt particulier se projette et s’inscrit dans le cadre d’une existence plus large en mesure d’accueillir son expansion qui lui assure ses arrières et libère son horizon. L’idée centrale de la richesse des nations d’Adam Smith était la suivante : c’est en produisant pour autrui, toujours davantage, que l’on se sert soi-même et s’enrichit. Quand on produit pour les « riches » en particulier. Les Chinois ont mieux lu et compris Adam Smith que nous ne l’avons fait. Un intérêt particulier prend toujours appui sur un intérêt collectif qu’il réalise pour s’étendre, que ce dernier soit apparent, volontaire ou pas. Nous avons préféré inverser le rapport : travailler pour soi, c’est travailler pour la collectivité.

Notre être, notre identité, objet essentiel du débat public, pour émerger, doit apparaître comme une partie du monde, un ensemble qui consent à servir les parties qui le composent et le monde qui lui donne place. Il gagne sa place par sa contribution distinctive. Sous l’égide d’une domination culturelle occidentale, le monde a accepté l’universalisation de l’Etat-nation, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Avec l’ébranlement d’une telle domination, la communauté internationale cherche un nouveau consensus.

La nation est le résultat d’un processus d’identification de la majorité de la population à une société dominante que la communauté internationale a accepté de recevoir. Il y a crise de l’identité, dès lors que ce double processus d’identification (identification d’un groupe d’individus à un acteur de la collectivité internationale et de la société à ce groupe d’individus) éprouve des difficultés à se réaliser.

Le consensus national autour de l’identité nationale a été forgé au cours de la lutte de libération nationale, dans l’arène internationale puis dans celle nationale. Des individus se sont identifiés à un groupe porteur qui avait la conscience qu’une place dans le concert des nations pour leur collectivité nationale était à prendre. Son existence se fonde d’une part dans une séparation de la France et de ses ambitions coloniales et néocoloniales et d’autre part dans des liens d’amitiés avec certaines nations. Le problème des rapports au sein du groupe ne devait pas faire obstacle à l’insertion de la société dans la communauté internationale. La constitution de ce groupe, son radicalisme renvoient à l’histoire de la lutte de libération dans le contexte d’une colonisation de peuplement. Elle met en présence deux groupes antagonistes : les colons et la société indigène. Cet antagonisme justifie la volonté de séparation. Le groupe porteur d’une identité nationale a cru, et la société avec lui, à une séparation radicale d’avec la France, pour éviter l’anéantissement et accéder à la souveraineté. L’antagonisme fondamental de la société coloniale a favorisé la domination de la conception plébéienne de l’unité nationale en excluant la société civile de la confrontation politique. Cette conception a facilité la transformation d’une exigence de la lutte de libération nationale (unicité de la représentation algérienne) en dogme sur l’unité de la nation algérienne. Elle n’a pas fait remettre en cause l’insertion de la formation algérienne dans le monde, étant donné sa stabilité et sa fonction de fournisseur d’énergie. Depuis, le groupe qui a porté le sentiment national et qui a été conformé dans le contexte colonial s’est blindé pour défendre son autonomie de décision dans le monde plutôt que d’intégrer de nouveaux éléments qui lui permettrait une autre inscription dans le monde. Il s’est enfermé dans le paradoxe suivant : faire sien les compétences de l’héritage colonial pour construire un Etat indépendant, tout en s’en méfiant pour ne pas tomber sous la dépendance de la France. Il a ainsi incorporé la segmentarisation de la situation sociale coloniale qu’il devait mettre en question pour sortir de la dépendance. La situation faite à la société civile par le colonialisme est ce qui explique ses propensions et non pas une nature que l’on dirait spécifique. Nous n’avons pas changé de situation stratégique : nous observons la même structure de rapports entre société militaire, société politique et société civile dans la société coloniale et celle postcoloniale. Parce que le monde a accepté le rapport que la société dominante a choisi d’établir avec lui. Si je devais résumer notre situation, je parlerais de velléités d’indépendance pour une société dominante qui a accepté de se soumettre à une division néocoloniale du travail et de s’établir sur la base de rapports coloniaux de pouvoir.

Le consensus qui est en crise est celui qui a présidé à la construction de l’Etat au cours de laquelle ont été reconduits les clivages coloniaux. La crise touche les deux processus d’identification en jeu dans la définition de l’identité nationale : se brouillent les rapports de la société à la société dirigeante et ceux de la société dirigeante et du monde. La crise qui commence par mettre en cause la place de la collectivité nationale dans le monde (énergie, sécurité, etc.), se poursuit par une mise en question de l’extériorité de l’armée vis-à-vis de la société ainsi que du statut mineur de la société civile par rapport à la société des décideurs. Il faut donc repenser notre contribution dans le monde, la sécurité de manière globale de sorte à établir la société civile dans sa position d’ « infrastructure » des sociétés politique et militaire.

Arezki DERGUINI
Bgayet le 14.07.16

 

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