Crise au FFS, causes et conséquences

ait ahmedUn mot pour commencer à propos de notre méthode d’analyse : étant donné le secret qui entoure le processus de management de notre pays, nous ne pouvons avoir d’autres choix que celui de projeter les conséquences des événements pour essayer de remonter vers les causes, étant donné la vraisemblance forte qu’il peut y avoir une  cohérence entre les causes et les conséquences.

 

La crise a lieu dans un contexte particulier qui lui donne tout son sens. Les élections présidentielles sont les seules qui peuvent conduire à des débordements populaires. L’exemple égyptien est là pour nous le rappeler. Les centres de décisions continuent à suivre une stratégie de dépolitisation de la société pour soumettre ces élections à la plus faible participation possible. La participation populaire s’il est un indice du progrès politique, n’est pas encore un indice positif dans notre contexte. Il s’agit de neutraliser un appareil politique ou une partie de celui-ci qui aurait tendance à faire preuve de populisme et d’initiative inconsidérée. On ne croit pas à l’émergence d’un  Etat-civil par le moyen des élections. Cette interprétation cadre avec la fermeture actuelle du champ politique. L’ouverture du champ politique ne peut être que contrôlé, la question est seulement de savoir dans quelle perspective. La construction du consensus nécessaire à l’émergence d’un tel Etat civil ne peut être qu’un processus lent et laborieux, éloignée des places publiques comme manifestations de forces. D’un certain point de vue on peut soutenir que le FFS s’est débarrassé d’un secrétaire fédéral encombrant en vue de pouvoir aborder les élections présidentielles dans une certaine sérénité.

 

A l’image de l’Algérie, le centralisme implique qu’il (le parti ou « le » pouvoir) se construit autour d’une personne. Sans possibilité de compromis. Les militants désignent leur président au cours du congrès. Le président choisit la direction du parti en consultation du conseil national composé de militants élus par leur base. Les crises s’opèrent toujours à ce niveau où se rencontre la construction par le haut et la construction par le bas de la hiérarchie. Pour cause de non correspondance entre les choix des militants et les choix du président quant à la direction, pour cause de mobilité sociale insatisfaisante, elles produisent un ajustement violent qui s’achève souvent par une expurgation. L’inamovibilité du président rend la mobilité au sommet très faible. La faible intégration de cette donnée, bien qu’inscrite dans les statuts du parti, par les différents échelons de la hiérarchie du parti, est à l’origine des nombreuses crises. D’où une certaine schizophrénie  au sein du parti : les militants revendiquent d’une main (le respect de leurs suffrages) ce dont ils se sont départis d’une autre (les statuts du parti qui consacrent le présidentialisme), qui conduit, comme dans le cas présent, à des explosions locales.

Ce fonctionnement du parti qui fait face à la construction du pouvoir national, ne permet pas un fonctionnement idéal entre la direction et la base du parti. Juste un certain fonctionnement. Entre les déterminations (sources et réseaux d’information) nécessairement distinctes, les échanges sont très imparfaits. D’une part, la direction est relativement soustraite aux pressions de l’environnement national, social et politique, au contraire de la base largement soumise. Mais de cette séparation, il résulte aussi que la base échappe largement au contrôle de la direction. L’autonomie de la direction par rapport à son environnement politique immédiat est contrebalancée par une autonomie de la base vis-à-vis d’elle. La régularité de la mise à niveau nécessaire au fonctionnement cohérent du parti est quasi-impossible en dehors de certains moments particuliers. Ce qui ne permet pas d’exclure un certain nombre d’ajustements violents.

Cela étant donné, si l’on ajoute au non renouvellement de la direction profonde du parti, la faiblesse de la mobilité sociale en son sein du fait de la fixation de son statut en tant que parti d’opposition minoritaire, on peut soutenir que les crises constituent de véritables soupapes de sécurité. Elles expurgent les éléments qui ne consentent pas à la stagnation de leur statut, elles offrent des opportunités de promotion aux échelons inférieurs. Le renouvellement de l’encadrement n’est possible que par ces purges. Aussi cette crise passera-t-elle parce qu’elle offrira des opportunités pour de nouveaux candidats en même temps qu’elle permettra à la direction de rétablir ses liens avec la base.

Un parti est comme une graine, il ne peut éclore que dans un sol et un climat particuliers. Et une graine doit pouvoir se conserver pour pouvoir renaître lorsque l’hiver sera passé. Il faut savoir quel type de fonctionnement il peut adopter pour se préserver dans un contexte hostile afin qu’il puisse s’épanouir dans un autre plus clément. Les rapports entre la base et le sommet ne peuvent être naturels dans un environnement hostile au politique, sans alternance politique réelle. Leur ajustement n’est pas automatique, sa marche doit permettre un fonctionnement autonome mais convergent de ses instances pour éviter les ajustements violents.

DERGUINI Arezki

Bagyet le 15.01.2014

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