Ali Benflis ou mieux

benflis

Bien entendu il ne s’agit pas de personnaliser outre mesure, mais de rendre compte du programme qui peut être porté par les personnes : reproduire le système, que l’on peut considérer comme étant le programme minimum, ou conduire vers un Etat civil, le programme maximal. Car Ali Benflis se trouve tout désigné pour le programme minimum qui consiste à permettre la reproduction du système algérien bicéphale. Il n’y a en effet pas meilleur candidat qu’Ali Benflis, quoiqu’il puisse paraître, si la rivalité entre les deux têtes du système se poursuit, pour empêcher la dégradation du système. Aussi peut-on pronostiquer dès maintenant sa victoire de ce point de vue : l’alternance exige que la rivalité soit forte entre ceux qui se succèdent à la tête du pouvoir civil. L’un doit pouvoir chasser l’autre et conjurer la confusion des pouvoirs. Le « système autoritaire » est tel que le pôle non démocratique est celui qui se substitue à la volonté défaillante du peuple pour désigner son représentant. Le peuple ne « pouvant faire et défaire les rois », c’est au pouvoir hiérarchique dominant de le faire. Si un tel pouvoir ne pouvait plus suppléer à la défaillance du peuple, il s’ensuivrait une confusion des pouvoirs civil et militaire qui pourrait conduire soit à un désordre croissant, soit à un pouvoir héréditaire du type monarchique, soit à un Etat civil (par définition de droit et démocratique).

Il faut considérer la corruption comme un outil majeur du système de gouvernance autoritaire. La corruption prend la place des élections pour instituer et destituer un pouvoir civil. Ce sont les « affaires » qui garantissent du contrôle sur le pôle civil, ce sont elles qui poussent vers la sortie les tenants de l’heure du pouvoir civil qui qu’y sont trop habitués. Une justice instrumentalisée se substitue alors au verdict populaire. La corruption est donc congénitale du système bicéphale. Hors de l’Etat de droit, nulle solution de fonds au problème de la corruption. Pour cela on distingue alors entre une corruption contenue et de système et une autre débordante et antisystème.

Un programme maximal qui pourrait être conduit par un Ali Benflis lui-même, ne cédant pas à la rivalité personnelle, consisterait à se donner comme horizon l’instauration d’un Etat civil. Il est vrai que tous les candidats peuvent se prévaloir d’une telle intention et le débat politique ne pas s’en trouvé clarifié davantage. Comment distinguer entre eux ? En étudiant la façon dont ils comptent nous y conduire.

Il faut tout d’abord que les différentes hiérarchies sociales acceptent d’y aller. Il faut qu’elles acceptent de se remettre en cause, de revoir les conditions de leur établissement. Elles ne sont pas toutes légitimes et sont largement « tenues » par des dossiers. Retourner au peuple et établir les bases d’une saine compétition en mesure de les légitimer, est une première condition. J’avancerai ici une considération personnelle à titre d’illustration : il serait possible de ce point de vue de ré-impliquer l’armée dans les tâches d’édification nationale et régionale de sorte à permettre ensuite une différenciation sociale légitime. Tous égaux au départ devant les problèmes à résoudre, l’inégalité ne devant pas être une fin mais un moyen. Elle devrait être justifiée socialement par la contribution future au progrès de tous. Re-légitimer les hiérarchies sociales, tel serait donc la première condition à l’établissement d’un Etat civil. Ensuite et ensuite seulement, le débat social et politique pourra-t-il échapper à la surenchère, permettre l’émergence de ce que l’on pourrait appeler une volonté générale suite à la cristallisation d’intérêts collectifs et la construction d’une démarche en mesure de les contenir.

Une telle re-légitimation des hiérarchies sociales, nécessite du temps et une direction politique animée par une telle disposition de « civilisation »-modernisation. Qui a intérêt et qui n’a pas intérêt qu’une telle politique soit mise en œuvre ? On pourrait distinguer entre ceux qui espèrent et ceux qui désespèrent de leur pays et du monde. Mais cela ne saurait suffire, le savoir-faire est indispensable. J’ai coutume de distinguer dans notre société, les propriétaires des non-propriétaires que j’appelle les déshérités parce qu’ils sont le fait de l’histoire et non du droit ou de la coutume. Parmi les propriétaires, je distingue ceux qui peuvent quitter le bateau Algérie s’il venait à faire naufrage et ceux qui ne le peuvent pas. Parmi ceux qui peuvent quitter le bateau, je distingue ceux qui se sont sauvés pour sauver ce qu’ils peuvent de leur pays et ceux qui ont contribué à son naufrage. Parmi les propriétaires qui n’ont pu quitter le bateau, il y a ceux qui devront faire face à la vindicte des populations et il y a ceux qui pourront être un recours. Le temps de la catastrophe n’étant plus très éloigné, qu’à Dieu ne plaise, les différentes catégories qui ont intérêt à en épargner le bateau Algérie, à en donner une autre réalité, transcenderont-elles leurs intérêts immédiats et suicidaires et se rassembleront-elles sous un même commandement pour faire honneur à leur mémoire et celle des anciens ? A voir.

Arezki Derguini

Bgayet, Béjaia le 06.11.2013

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