L’avenir du politique et du parti

L’avenir du politique et donc d »un parti comme le Front des Forces Socialistes dépend d’une « civilisation »trois ordres de l’ordre militaire qui gère l’activité sociale. Il réside dans sa capacité à définir un tel programme dans lequel se reconnaîtront les forces politiques d’avenir. Les partis et forces politiques doivent anticiper le changement, la voie que doit emprunter la différenciation sociale. On ne peut envisager une démocratie, une décentralisation des pouvoirs sans une différenciation sociale qui face place à une puissante et plurielle société civile (sociétés marchande et du savoir en particulier). C’est dans ce sens qu’il faut parler d’un processus de civilisation inachevé de l’administration militaire de l’activité sociale, économique et politique que nous a légué le colonialisme. En cela consisterait la révolution qui correspondrait davantage à une mutation qu’à une transformation violente.

 La non séparation du civil, du politique et du militaire tel que nous l’avons hérité de notre société pré-coloniale se poursuit parce que la militarisation et le développement n’ont pas permis l’émergence d’une société civile à côté de celle militaire. Comment établir  sur cette base l’autorité du politique ? du non militaire sur le militaire ? Quel est le fondement  de l’autorité du politique ?

Faisons un peu d’histoire universelle, européenne en particulier qui reste notre modèle. Le modèle européen est souvent présenté  comme celui de trois ordres. C’est le renversement du rapport entre le civil (la bourgeoisie et la classe ouvrière) et le complexe religieux et militaire (la noblesse et ses deux hiérarchies militaire et religieuse) avec l’émergence du travail et de l’argent grâce aux révolutions industrielles qui a transformé le rapport de domination du militaro-religieux sur le civil producteur : les classes dominantes deviennent dépendantes. Ces renversements donnent lieu à des révolutions plus ou moins violentes.

Il faut donc voir pour ce qui nous concerne que la confusion du politique et du religieux est coextensive du non renversement du rapport entre le « civil » et le militaire, qui procède d’une séparation préexistante du civil et du militaire. Le guerrier ne peut diriger sans l’idéologie et/ou le religieux. D’où la religion d’Etat qui dissocie la religion de la société (la religion sous contrôle de l’Etat) et l’Etat « laïc » algérien qui pratique l’idéologie, la « religion du développement » qu’il veut imposer.

L’Etat importé. Ce que nous a transmis l’héritage colonial c’est l’administration militaire d’une société tribale en voie de décomposition. A l’indépendance pour la majorité des algériens la tentation de l’arbitraire comme alternative de la guerre de tous contre tous s’est finalement imposée. L’armée des frontières, le modèle jacobin d’Etat français et l’idéologie de la propriété publique  en ont été les instruments.

La société d’origine tribale devient un objet passif, il s’agit de la transformer de l’extérieur. D’où l’antagonisme de l’armée extérieure et de la société tribale : il s’agit de détruire la société tribale et non de favoriser son auto-transformation. La construction de la société ne peut s’effectuer qu’à partir de l’image que l’armée a de l’ordre : ce qui donne la dictature. La hiérarchie politico-militaire qui ne se différencie pas en hiérarchies civiles et militaires  autonomes ne conduit pas la différenciation de la société.  La civilisation de l’administration militaire qui est à peine ébauchée sous le colonialisme se poursuit dans un certain sens. La dé-légitimation de l’arbitraire, son incapacité croissante à transcender le désordre social, apparaît avant que ne se différencie les élites, il s’ensuit une dualisation de l’administration. Il se produit un Etat militaire profond et un Etat civil de droit superficiel. L’Etat civil de droit sert à l’Etat profond à la fois d’interface avec le monde et de grille formelle d’administration d’une société qui s’atomise. Les rapports avec le monde sont contrôlés par des monopoles informels et les rapports avec la société mêlent permissivité limitée, corruption et répression.

De la guérilla de libération à la compétition internationale. La guérilla est une forme de lutte qui convenait parfaitement à notre société faiblement différenciée. Celle-ci permettait une circulation fluide des combattants. Mais le caractère  économique, scientifique et culturelle de la nouvelle compétition militaire exige le développement d’une forte société civile dont la genèse dépendait de l’évolution de la société militaire elle-même. Ce à quoi s’est opposé le raccourci de la tentation autoritaire.

Le destin du Front des Forces Socialistes dont il faudra probablement changer le nom, parce que trop déterminé, trop daté, dépendra de la transformation de la société militaire et de l’avenir de la société civile. Ce changement ne sera pas la négation de sa filiation historique mais l’inscription du combat politique du parti dans les temps présents. L’objectif politique doit être clair : libérer la force armée d’une certaine faillite de l’Etat pour rendre possible l’émergence d’une puissante société civile à même d’assurer la pérennité de la société algérienne, de son Etat et de sa force armée.

Cette société civile devra être africaine (nord ?) pour construire sa cohérence économique et politique, pour que sa défense puisse être à la hauteur des défis contemporains de fragmentation et d’intégration. Elle devra avoir des ancrages régionaux pour construire les cohérences sociales.

Les formes d’intégration sociale se développent du fait des nouvelles révolutions industrielles dans deux directions : globales et locales. La nation (l’Etat national, le marché national) s’efface en faveur d’un ensemble régional plus grand auquel elle concède la gestion de ses marchés globaux et de son système de défense. La nation concède à des ensembles régionaux plus petits, la gestion de ses marchés locaux et de ses services publics fondamentaux (police, éducation, santé, monnaie complémentaire). Pour conserver une cohésion et une souveraineté sociales et politiques, les individus s’intègrent sur une double échelle, une dictée par le contrôle technologique, l’autre par le contrôle social. C’est une certaine répartition du contrôle social et politique sur ces deux échelles qui permet aux sociétés de conserver leur souveraineté et d’incorporer le progrès scientifique et technique. Autrement ces deux impératifs seront disjoints et condamneront les sociétés à une fermeture rétrograde pour défendre une pseudo-souveraineté.

En termes pratique, il faudra avancer dans la direction d’un plus grand contrôle social quant aux opérations locales et d’un plus grand contrôle étatique quant aux opérations globales. Et c’est de l’interpénétration de ces deux contrôles que va dépendre la citoyenneté et la souveraineté. Pour le moment, l’émergence des libertés individuelles travaille dans le sens de la fragmentation sociale et nationale, elle menace la souveraineté des sociétés et donc à terme le devenir les libertés individuelles du grand nombre. La citoyenneté qui associe les deux concepts de liberté et de souveraineté attend les nouveaux cadres régionaux supérieurs et inférieurs dans lesquels elle pourra s’exprimer.

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