La cause du travail ou des travailleurs citoyens ?

findutravail1La fin de l’homme ? 

   Je vais commencer cet article par un petit peu de fiction. Ce qui fait que les machines aujourd’hui ne peuvent s’émanciper des humains dont elles sont les esclaves c’est leur dépendance énergétique. L’homme crée les machines à son image, comme il est dit de l’homme par Dieu dans le christianisme, elles finiront bien par penser par elles-mêmes un jour.

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Oui, il y a un rapport de l’homme à la nature et à la technique qui court d’Aristote jusqu’à nous en passant par Descartes, qu’il faudra probablement à l’homme repenser de manière profonde. Alors que le travail humain des premières révolutions industrielles consistait à intensifier la vie naturelle, les dernières visent à l’artificialiser : c’est l’heure de la production agricole hors-sol, de l’intelligence artificielle, du clonage. Les rapports sociaux tendent de plus en plus à devenir des rapports entre choses et les relations sociales des contrats entre choses porteuses d’obligations et de droits. L’homme toujours esclavagiste voit le nombre de ses esclaves robots se multiplier. Esclaves des uns, maîtres des autres souvent. Pour certains auteurs c’est ce rapport esclavagiste aux choses et aux forces qu’il faut à l’homme remettre en cause. C’est ce rapport esclavagiste aux êtres qui s’étant étendu dans la direction des machines et des éléments de la nature et contracté du côté des hommes qui fait que la question des moyens de subsistance de la majorité des hommes devient dramatique parce que devenue seconde aux yeux de la puissance et de la concurrence. Des hommes ont déjà mis en esclavage, colonisé d’autres hommes au nom du progrès, pourquoi ne réitèreraient-ils pas leurs œuvres de nouvelles manières ? Le progrès technique sous la direction du profit libère le travail, la puissance publique et privée n’a plus besoin du travail des hommes devenus si nombreux du fait de leur puissance technologique. Ils peuvent bien s’entretuer que cela pourrait être considéré comme salutaire. Après que le progrès technique ait porté le nombre des hommes a un niveau jamais égalé, voilà qu’il s’en détourne. La Chine s’était détournée du progrès technique un temps, elle a retrouvé son chemin.

Ce sont les besoins illimités de l’homme, sa course à la consommation qui sont à la base du système productiviste, qui fait que le profit est la loi, que la machine d’abord esclave de l’homme finit par se multiplier et le déclasser.

 L’emploi une question éminemment politique

 Dans notre société qui veut se construire à l’image de la société de consommation, qui veut que ses ressources soient soumises à la loi de qui consommera le plus, notre travail se trouve vite déclassé. Il coûte toujours moins cher d’acheter étranger avec nos dinars pétrodollars surévalués. Puisque le taux de change que nous avons institué entre le dinar et le dollar n’est pas l’expression du rapport d’échange entre notre travail social et celui du monde, puisque nous avons décidé que le dinar aurait un fort pouvoir d’achat externe, nous n’avons laissé aucune chance au travail algérien de remonter la pente et d’émerger. Que ne voit-on pas combien l’Occident s’acharne à ce que la Chine revalorise sa monnaie pour accroître son pouvoir d’achat interne et que celle-ci veille à ce que son pouvoir d’achat ne précède pas sa puissance productive ? Depuis la stratégie des industries industrialisantes de De BERNIS, qui a dévalorisé le travail agricole pour soutenir le pouvoir d’achat des villes et des salariés, nous ne faisons que dégrader le travail algérien. Celui de ses immigrés d’abord, de ses entreprises publiques et privées ensuite. Nous avons barré la route à une remontée du travail national au niveau du travail international. Et depuis nous sommes absorbés par la spirale de la surenchère salariale, de la défense du pouvoir d’achat et de la dégradation du travail social. L’accroissement des besoins, le mimétisme des consommateurs, l’existence de ressources naturelles pour y faire face, entraîne une croissance du pouvoir d’achat mais pas d’une croissance de la puissance productive. Aussi au-delà d’un certain seuil apparaît une tendance à la baisse du pouvoir d’achat : les besoins croissent plus vite que les ressources. Pour acheter la paix sociale, nous multiplions les emplois pour distribuer du pouvoir d’achat ce qui  dégrade le noyau du travail. Face à cette baisse tendancielle du pouvoir d’achat, il n’y a pas d’autre solution, il faut rétablir la connexion du pouvoir d’achat et de la puissance productive. L’ancienne base de l’équilibre des ressources et des dépenses s’érode rapidement. Ce qui signifie qu’il faut à la société et à l’Etat effectuer un recadrage global de leurs activités.

 Surenchère catégorielle ou conversion des emplois ?

 Face à la baisse tendancielle du pouvoir d’achat, la croissance des besoins et des inégalités et donc du désordre social que faire ? Dans un texte récent[1], je fixais l’ampleur de la tâche : « Le pouvoir et la société vivent aujourd’hui de l’insécurité et du chaos financés par la rente. Il faut qu’elles puissent se projeter dans un autre système pour pouvoir se soustraire à l’ancien. Convertir simplement l’emploi actuel en emplois durables producteurs de richesses, les sujets du système sécuritaire en citoyens et agents autonomes, les intérêts captateurs de rente et cause de fortes externalités négatives en intérêts producteurs de richesses et de fortes externalités positives, répondre aux considérables demandes nouvelles de travail, tout cela indique l’ampleur de la tâche dans un contexte de grande transformation mondiale. Il n’est pas exagéré de comparer l’Algérie d’aujourd’hui à l’Irak d’avant l’occupation du Koweït : la transformation d’une société en guerre en société pacifique, d’une armée pléthorique en citoyens producteurs. » Et cette transformation est loin d’être achevée, tout comme la transformation de l’Afghanistan de société de guerriers en société de citoyens producteurs n’a pas vraiment commencé.

 Pour une économie territoriale

 Dans quel cadre pourrait-on envisager la conversion des emplois et capitaux. Du point de vue de la crise du travail dans les nations industrialisés (la croissance est destructrice d’emplois), ce qui se pointe c’est l’incapacité de l’économie politique à penser l’activité sociale et économique contemporaine sous les oppositions traditionnelles de salaire et de profit, de consommation et de production. Le travail ne peut plus être le fondement de la citoyenneté, de la valeur, le travailleur est un aspect du citoyen pas son essence. La notion de richesse aussi doit être revue : c’est la qualité du lien social pas le travail qui est la source aujourd’hui de la richesse. Du point de vue de notre économie désarticulée nous avons dit la nécessité de réajuster le rapport de la production et de la consommation. C’est donc de nouveaux rapports entre production et consommation que dépendent notre cohésion sociale future. Et pour ce que l’on en sait aujourd’hui, l’économie territoriale est le cadre dans lequel pourrait se repenser la conversion et réarticulation des emplois. Travail de la région repensé et restructuré, car la région paraît être la seule base à partir de laquelle nous pourrons être en mesure de donner au travail une certaine valeur, une certaine cohérence et une certaine unité.

 L’activité syndicale doit donc être profondément repensée. Elle ne peut s’édifier sur la base des divisions actuelles de la société qui doivent être réformées. Il faut un nouveau syndicalisme qui puisse redonner au travail ses lettres de noblesse et à la société son autonomie.

 Arezki DERGUINI

Bgayet le 30 avril 2013.


[1] Normalisation, transition vers la démocratie et démocratie durable. Publié en juin 2012.

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