Sortir du piège sécuritaire, inventer la démocratie participative

néocolonialismeLe vent a tourné. Les puissances néo-coloniales et impérialistes ne soutiendront plus les régimes militaires qui les ont prolongées et qu’elles défendaient hier et avaient corrompu. Ces régimes militaires sont aujourd’hui appelés des États faillis tout comme les États coloniaux avant elles. La globalisation aidant, les peuples nouvellement indépendants veulent vivre comme les sociétés qui les ont précédées. Les régimes militaires  ne peuvent plus soutenir leur pouvoir d’achat, contenir leurs aspirations. Ils se tournent vers les pays émergents pour gagner quelque temps. Ceux-ci ont pris le relais des anciennes puissances coloniales, les uns apportent leur soutien pour prendre leurs marchés.

Les empires coloniaux n’ont pas fait régner la paix sur le monde mais ont multiplié les régimes militaires et les nationalismes. Les sociétés guerrières occidentales ont « externalisés » leurs guerres, elles les ont transportées sur les terres des autres civilisations pour se disputer les nouvelles ressources dont leur compétition avait besoin. Elles croyaient, il y a peu, imposer une division du monde qui assureraient leur suprématie, perpétuerait leur mode de vie. Elles y croient beaucoup moins mais espèrent toujours. Elles voulaient garder de l’industrie la conception et confier au reste du monde l’exécution. Craignant aujourd’hui de tout perdre, elles rapatrient leurs fabriques. Aujourd’hui les sociétés occidentales entrent en crise, elles doivent faire face à une révolution technologique et à un monde qui aspire à l’unité, cela leur impose de déchirantes révisions. Alors que la tendance à l’universalisation n’a jamais été aussi puissante, leur modèle régional se fragmente et craque de toutes parts. Alors qu’elles avaient exporté l’universel, les voilà qui veulent revenir au monde d’avant les révolutions, se fabriquant des ennemis du temps du Moyen Âge. L’ère de la globalisation qui sonne le retour des grands ensembles, des anciennes civilisations ne les inclinent toujours pas à penser un avenir commun.

Le monde est devenu fou. Tout le monde veut vivre à l’occidentale : à l’ère de la technologie nomade, les jeunes du Sud et du Sahel veulent vivre comme tout le monde, avoir une voiture, une maison individuelle, voyager ; les Chinois veulent manger de la viande etc.. Les Maliens ont voulu la démocratie, ils vont avoir une administration internationale.

Déjà les américains doivent changer leur mode de vie, renoncer à leur maison individuelle avec jardin, avec chacun sa voitures pour aller travailler, sans qu’ils y consentent. Celui-ci veut vivre comme tout le monde, celui-là veut défendre son mode de vie. La pression monte. Comment le monde pourra-t-il vivre demain et en paix ? L’universalisation du mode de vie occidental a montré ses limites. Tout le monde ne peut adopter the way of life of America.

Il faut un nouveau mode vie pour la planète si nous voulons éviter l’effondrement. Il faut réinventer le bonheur. Plus vite nous l’inventerons plus nous aurons de chances de sauver la planète et notre espèce. Et moins le fondamentalisme aura de chances. Car ce n’est pas le fondamentalisme qui est une menace, c’est une espèce aveuglée qui fait son lit. Le fondamentalisme a toujours existé, il existera toujours. Mais quant tout le monde court à sa perte, il prend les devants. Quand la guerre monte, il prend les devants.

Le vent a tourné. Le jeu sécuritaire dans lequel les sociétés guerrières, néo-coloniales et impérialistes, avaient tenu les sociétés guerrières dominées et qu’elles menaient par l’intermédiaire des régimes militaires autochtones (car les régimes militaires sont un prolongement de l’administration coloniale, une partie de l’administration néo-coloniale du monde) abandonne ceux-ci quand les digues, les circuits et les stations de pompage rompent. Mais ce n’est pas la paix du monde qui préoccupent les puissances guerrières dominantes mais la défense de leurs privilèges. La révolution aujourd’hui est la lutte contre ces privilèges. La défense de leurs privilèges exige aujourd’hui le sacrifice de leurs anciens tenants, de leurs féodaux et compradores qui se croyaient devenus citoyens du monde. Mais non pas la libération des peuples et des sociétés qui étaient sous leur administration. Libération qui accroitrait la pression du monde sur eux et l’exigence d’un modèle universel. Il faut que le jeu sécuritaire se poursuive pour détruire leur potentiel humain et s’approprier leur potentiel économique. Aussi ne nous débarrasseront-ils pas des dictateurs de la façon la plus simple, eux qui les accueillent avec leurs méfaits. Il nous faudra subir la guerre jusqu’à ce qu’elle nous épuise, nous et leurs inféodés qui veulent leur ressembler, leur appartenir mais qui ne sont pas des leurs.

Le vent a tourné contre les régimes militaires qui se croyaient indispensables. Mais ils ne pourront ni partir tout simplement, ni finir leur vie paisiblement, même en prison, ni laisser leurs sociétés en paix. Ils doivent achever leur travail : épuiser les forces vives de leurs sociétés. Ils doivent poursuivre leurs guerres civiles. Ils seront usés eux aussi jusqu’à la moelle.

Sortir du jeu sécuritaire est la seule manière de sortir de l’enfer programmé qui arrive. Baisser les armes entre nous mais pas contre les privilèges, construire la démocratie participative et un nouveau modèle de société. Car la démocratie représentative aujourd’hui n’est que le moyen de poursuivre la guerre par d’autres moyens. Pour nous algériens c’est déjà une vérité d’hier. Elle fixe, active et approfondit les anciennes divisions qui ont été soigneusement entretenues en prévision de ce jour, plus qu’elle ne peut les traiter, les englober, les apaiser. Elle attisera les passions sociales qui s’en nourriront. C’est une lutte pour le pouvoir qui saute au-dessus des rapports de force réels qu’elle veut ignorer. Les élections ne pourront que porter la division et la guerre civile plus avant, nous irons de la violence verbale à la violence tout court. La démocratie représentative de quoi ? De quelles sociétés ? De quels équilibres des intérêts et des valeurs ? Elle saute par-dessus le fonctionnement chaotique de la société qu’elle veut ignorer. Nos sociétés ont été dépossédées de leurs institutions depuis bientôt deux siècles, par une administration militaire étrangère d’abord, autochtone ensuite. Quel fonctionnement régulier la société peut-elle adopter ? Est-on en mesure d’accepter l’autorité d’une institution quelconque, d’une chefferie traditionnelle, d’une classe politique ou d’un parlement ? Sommes nous en mesure d’accepter la règle d’une majorité ? La minorité acceptera-t-elle de se soumettre, si majorité et minorité ne partagent pas les mêmes valeurs, les mêmes intérêts et ne s’en reconnaissent pas de différents ? Nous avons trop longtemps été entretenus dans nos divisions, le traitement de celles-ci doit être pris au sérieux avant que n’en s’empare le feu des passions. Accepter une expérience collective à une échelle globale est au-dessus de nos forces et de nos moyens. Il faut reconstruire par le bas. Les administrations militaires  successives nous ont rendu tout juste bons pour accepter un chef auquel nous nous soumettrions ! Parce que nos discussions et querelles seraient sans fin ! Du point de vue institutionnel nous sommes retournés au temps de la guerre de tous contre tous (Hobbes (1588-1679)). L’administration militaire nous a ensauvagé pendant près de deux siècles, elle a détruit les anciennes institutions sous prétexte d’archaïsme et nous a imposé de nouvelles pour nous défaire. Nous sommes une société sans institutions souveraines. Alors que le néocolonialisme nous préparent de nouvelles guerres, cherche à armer nos jeunes, pour nous imposer de nouvelles administrations qu’elles fourniront à nos nouveaux guerriers, ou nous laisser en ruines. Pour devenir citoyen du monde il nous faut construire de nouvelles institutions crédibles. Il nous faut créer des arènes où nous pourrions débattre et obtenir l’assentiment, où nous pourrions composer un nouveau monde. Il nous faut réussir des expériences collectives qui puissent nous redonner confiance en nous-mêmes, qui de loups et prédateurs puissent nous transformer en citoyens. Il nous faut expérimenter collectivement sans exclusives pour produire de larges consensus et non pas espérer que quelque majorité viennent à bout de nos problèmes. Et le modèle de citoyenneté que nous aurons à adopter ne se trouve nulle part. Ceux existants sont déjà dépassés. Il est à inventer avec le monde qui combat pour la paix : on dira pour le moment que c’est celui de la démocratie participative.

Arezki DERGUINI

Bgayet le 17.03.2013

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Une réflexion sur “Sortir du piège sécuritaire, inventer la démocratie participative

  1. LEKBAL A/hakim dit :

    En le lisant et en le comparant aux situations conflictuelles internationales auxquelles nous en faisant face, je trouve qu’il englobe tout et touche toutes les problématiques que connait le monde qu’elles soient économique, politique, ethnologique, militaire. Maintenant, pour le cas Algérien, comment peut-on procéder à instaurer la paix souhaitée et tant attendue ? par quel moyen ? et qui va la ferra et avec l’aide de qui ? serait-elle une révolution pacifique ou militaire ? comment déjouer, si une fois le peuple se soulève, les tentatives manipulatrices du système? Le peuple est et sera t-il conscient au point de déclarer son désengagement avec le pouvoir ?

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