La révolution postcoloniale

USHAHIDIVoici quelques directions, que pointent des propositions discutables, pour une réflexion qui excèdent largement les moyens d’une personne mais que cherchent un citoyen qui scrute l’horizon. Le politique se trouve placé devant certains défis auxquels il ne peut que répondre. Il prendra la synthèse qui pourra guider son action.

Si nous avons vaincu le colonialisme avec ses propres armes, c’est-à-dire en nous jouant de ses contradictions ou pour nous intégrer à son monde, cela ne nous a pas aidés pour construire la souveraineté de nos nations qui aujourd’hui subissent des révolutions. Il nous faut pour cette nouvelle tâche construire nos propres armes, notre savoir propre. Ensuite et ensuite seulement, pourrons-nous sortir de l’asymétrie de pouvoir qui domine nos rapports avec l’Occident et pourra-t-on parler de dialogue des civilisations.

1. Nous n’avons jamais quitté l’Antiquité, première proposition centrale. Nous n’avons pas connu de Moyen Âge, ni de féodalité, ni de monarchie, ni de révolution bourgeoise. Nous n’avons pas fait le parcours qui conduit de la cité antique à l’Etat-nation. Nous n’avons pas eu d’Eglise pour assurer la transition des empires aux monarchies de droit divin, ancêtres des Etats-nations européens.

2. Depuis la colonisation, il a été plaqué des structures de l’Etat-nation français à des structures antiques (seconde proposition). Imposition qui a brouillé le développement naturel[1] des structures antiques. Et qui a conduit à une dépossession du territoire de ses ressources et une marginalisation de ses populations.

Ce qui a d’abord été imposé c’est une structure de la propriété qui a dépossédé les populations locales de leur territoire. Dépossession qui se poursuit aujourd’hui au travers d’une gestion informelle et autoritaire des ressources en faveur d’une privatisation rampante et mafieuse.

3. La gestion du territoire national et le contrôle des populations se trouvent, au jour d’une nouvelle révolution technologique, confrontés à de sérieux défis. Leur contrôle tant sur le plan de l’information que de celui militaire s’avère une mission quasi-impossible du point de vue d’un centre unique et des techniques anciennes. On ne cesse de répéter que le territoire est trop grand, les frontières poreuses. L’hétérogénéité du territoire et les déséquilibres régionaux multiplie les forces centrifuges dans un contexte très favorable. La conquête du Sud par le Nord jusqu’ici ne concernant que les ressources du sous-sol, commence à s’étendre au foncier.

La lutte contre la fragmentation du territoire et la scission des populations ne peut plus être contenue par l’Etat-nation européen et postcolonial du fait des forces centrifuges nationales et internationales (troisième proposition). Pour sa reproduction ce dernier doit se scinder en unités qui rendent possibles le contrôle du territoire et des populations. Impérativement pour les « territoires utiles ».

4. Nous sommes devant l’alternative suivante : ou bien nous assisterons à un contrôle des populations sur un territoire, elles-mêmes armées et contrôlées par des puissances extérieures du fait de leur séparation violente et antagoniste, donc à une séparation qui reproduit leur souveraineté limitée antérieure ; ou bien nous assisterons à une séparation qui donne le contrôle d’un territoire particulier à des populations particulières mais ne donne la souveraineté qu’à leur ensemble (troisième proposition). Ce qu’il faut comprendre c’est que dans le monde nouveau, la souveraineté n’est plus du ressort de l’Etat central issu des révolutions industrielles antérieures mais de l’Etat qui saura « comprendre » (intégrer, asservir) la nouvelle révolution technologique. C’est à une transformation globale dans le rapport entre Etat central et régions que nous allons assister dans le monde européen et postcolonial. Le désenchantement national vis-à-vis de l’Europe, comme le révèle les sondages, est aussi un désenchantement des régions vis-à-vis des Etats nationaux. Pour aller vite, on peut dire que la crise européenne exprime l’incapacité de l’Allemagne à conquérir de manière pacifique l’Europe, à diffuser son modèle.

 5. Ce qui fait l’unité d’une civilisation (au sens de F. Braudel : société de sociétés sur la longue durée) et donc d’une société, c’est l’existence d’une hiérarchie centrale (quatrième proposition) qui est en mesure d’intégrer l’ensemble des individus et administrer une mobilité sociale acceptable.

Des modèles étatiques se présentent pour intégrer la nouvelle révolution industrielle : le modèle américain, le modèle chinois et le modèle européen. Nous ne sommes pas en mesure de les établir clairement, on peut cependant en avancer quelques traits. Le modèle fédéral américain, le modèle européen dominé par le fédéralisme allemand, le modèle chinois de la bureaucratie céleste. Chacun renvoyant à une histoire propre, plus ou moins multiséculaire. La différence majeure est la place qui occupe la société guerrière. La hiérarchie centrale est celle de la société guerrière dans les modèles américain et européen d’où leur impérialisme. Elle est dominante dans le premier modèle, dominée dans le second suite aux différentes guerres mondiales. Elle est bureaucratique dans le modèle chinois. De manière schématique à nouveau, ces dispositions sociales globales donnent lieu à des stratégies de lutte opposées mais non indépendantes, l’une d’imposition, l’autre d’incorporation. L’Etat chinois pour désarmer la société militaire a du déployer une stratégie de containment. Elle en fera de même avec les sociétés guerrières occidentales.

Conclusion. L’Afrique réussira-t-elle à sortir de son antiquité brouillée et de sa dépendance extérieure ? That is the question. De m’être beaucoup avancé, je ne trouve pas les supports qui me permettrait d’aller plus loin. Il reste que j’ai essayé de fixer un certain horizon de pensée, d’établir un certain pont entre passé et avenir, que l’on me pardonne de telles prétentions. Mais comment vivre, comment être, sans se déployer dans de telles dimensions ?

Arezki DERGUINI

Bgayet le 09/03/2013


[1] Il faut entendre par développement pacifique, une insertion pacifique et adhésive dans le monde et son développement.

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