Le Mali et nous : politique de la terre brûlée, intérêts bien compris et partage du savoir

nodroneOn va répétant que la victoire militaire sur les djihadistes n’est pas la victoire politique. Que celle-ci consiste en la reconstruction d’Etats faillis et de sociétés déstructurées. Si la victoire militaire ne se transforme pas en reconstruction et restructuration de ces Etats et sociétés, elle risque de se suffire d’une pure défense de sites miniers, sièges des intérêts immédiats français et algériens.
Or, il n’est pas de l’intérêt bien compris de la France et de l’Algérie de se contenter d’une telle défense. Ces pays ont besoin de relancer leur croissance au plus bas et de sécuriser leurs frontières. Car si l’Algérie peut aujourd’hui faire face à ses besoins, financer ses projets de développement, sa dépendance vis-à-vis du pétrole, du gaz et des importations la condamne à plus ou moins brève échéance. Seule ses ressources naturelles la protège de la faillite politique. Retirez-lui ses ressources naturelles et vous avez toutes les caractéristiques d’un Etat failli. Quant à la France, avec la globalisation, l’émergence de nouveaux acteurs mondiaux, le maintien de ses anciennes relations avec l’Afrique la condamne à la récession. Ses anciennes relations profitent, depuis peu, davantage aux nouveaux acteurs internationaux, moins disant, qu’à elle-même.
Les probabilités que l’intervention militaire française réduise ses objectifs à une protection de sites miniers sont élevées. La reconstruction du Mali, quelque soit la forme qu’elle doit prendre n’est pas une mince affaire. Les sociétés qui composaient le Mali sont largement déstructurées, tant dans leur réalité ethnique que politique. Les stratégies de domination de la France et de l’Algérie en sont responsables. Les crises qui les ont produites sont d’abord des crises de la pensée qui ne sont pas à la hauteur des mutations qui traversent aujourd’hui le monde. Le territoire du nord-Mali risque de se transformer en no man’s land livré à la surveillance des drones américains dont il faudra payer les services. La défense des intérêts franco-algériens risque de prendre la forme de la politique de la terre brûlée, initiée par le colonialisme et transformée en vertu par le régime militaire algérien. La mise au travail de la société algérienne n’est pas non plus à portée de main. Elle nécessite une transformation des mentalités et un changement de régime.

Le sort de l’Afrique dépend en très large mesure de la France, de ses dispositions à l’égard du monde. La croissance ne peut plus être que partagée. Et cette croissance ne peut plus être que centrée sur le savoir. C’est le partage du savoir qui permettra le partage des fruits de la croissance. L’Occident, l’Europe dont la France, commence à revenir de leur illusion que le monde pourrait à nouveau être partagé sur la base de l’ancienne division du travail. Avec la troisième révolution industrielle, elle croyait pouvoir se réserver la conception, l’ingénierie et céder aux autres la fabrication. Un peu comme l’Allemagne réussit à le faire aujourd’hui. Elle croyait le monde se suffire d’un tel partage. On voit bien aujourd’hui que le monde ne peut y consentir. Elle ne voit peut être pas encore que sa mission n’est pas de choisir ses héritiers mais de préserver de son héritage ce qui peut et doit l’être, et de se soucier de la manière dont on s’en souviendra.

C’est l’innovation en Afrique qui permettra d’élargir la base de la recherche en Europe et au savoir de construire ses nouveaux réseaux. Car la faillite des Etats, la déstructuration des sociétés en Afrique résultent largement des solutions pensées par l’Europe pour l’Afrique. On dit que le continent africain n’est pas encore entré dans l’histoire, qu’il la subie largement, que les Lumières n’y sont pas encore parvenues. Oui, il faudra que l’Afrique puisse se penser par elle-même pour que les autres puissent l’aider, afin que cette aide puisse se transformer en capital et non en appauvrissement. Il faudra un développement qui soit conçu avec les populations africaines et non pas à partir d’un savoir qui méprise le leur, maintenant en voie d’extinction. Il faudra que les Etats et régimes politiques cessent de maintenir ces populations dans un statut de manœuvres et de consommateurs indigènes.

On imagine qu’une telle perspective est actuellement barrée par les états d’esprit nationaux et les défaillances de la gouvernance mondiale, qui sont largement à l’origine des guerres actuelles. La confiance rétablie entre l’Afrique et l’Europe, qui permettrait la circulation du savoir et du travail d’une rive à l’autre, exige une autre Afrique du nord. Mais tout d’abord une autre Europe, une Europe moins guerrière, plus fraternelle. L’Europe du sud et l’Afrique du nord en ont les moyens. La France et le Maghreb en particulier avec leurs communautés communes. Je suis convaincu que comme dans le passé, le salut viendra de leurs émigrations et citoyens qui réussissent à vivre dans le temps du monde.

Arezki DERGUINI

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