Eviter le chaos, construire l’alternative[1]

DALI. Prémonition de guerre civileLe contexte : un contexte « prérévolutionnaire ».

Le contexte dans lequel évoluera l’élu est un contexte de monopolisation des ressources et de centralisation de la décision politique et économique. La relation du pouvoir à la société est oligopolistique. De ce fait, il unit le pouvoir exécutif et segmente les instances populaires de contrôle. De surcroît, il est asymétrique du fait du rapport de forces oligarchique et de l’inégale information du citoyen et des décideurs qu’il suppose et cultive.

Si les ressources de ce pouvoir diminuaient alors qu’augmenteraient les besoins de la société, la situation deviendrait « révolutionnaire », insurrectionnelle ou émeutière. Pour qu’il y ait changement pacifique, c’est-à-dire un changement socialement et politiquement maîtrisé,  il faut qu’il y ait une vision, un engagement et une maîtrise. Comme nous pouvons le constater aujourd’hui, révolution ne signifie pas automatiquement changement de système mais tout d’abord, accroissement du désordre social sur plus ou moins longue échéance.

Le rapport d’opposition, un rapport d’enveloppement.

L’organisation du pouvoir assigne aux élus un rôle consultatif qu’il voudrait de subordination et de connivence. Le rôle consultatif doit être pleinement assumé. Le rapport d’opposition ne doit pas être un rapport d’auto-exclusion, ni un rapport d’opposition immédiat et de connivence global et indirect. Il doit être un rapport d’ « enveloppement ». La condition d’un tel rapport est l’existence d’une vision claire de l’état dans lequel on veut se projeter. Ce rapport doit éclairer l’action de l’exécutif et l’envelopper, il doit éclairer les bonnes et les mauvaises pratiques, les bonnes et les mauvaises directions prises ou à prendre. (Le pouvoir dénie aux élus le droit de représenter la société. Il n’y a qu’un seul programme, celui du président.) Pour cela, les élus doivent pouvoir déterminer où commence et où se termine une action du pouvoir, du pouvoir central aux pouvoirs locaux. Il doit donc relier les différentes échelles d’action et de représentation et surmonter l’enfermement qu’impose  leur division. Mais avant de disposer de la nécessaire vision et afin de l’acquérir, il faudra procéder par tâtonnements.

La confiance, un enjeu politique

Le régime présidentiel  concentre tous les pouvoirs dans l’instance exécutive présidentielle, il a soustrait tout pouvoir réel aux autres représentants. Il s’efforce de discréditer l’indépendance de leur autorité, de détruire leur capital symbolique propre. Les assemblées communales, leur président, doivent s’attacher à regagner une autorité morale, la confiance des populations. Dans la conjoncture actuelle dominée par la défiance entre le politique et le citoyen, la centralisation du pouvoir, le retour à la confiance est, comme l’a montré la dernière manipulation de la loi électorale, un enjeu politique. L’élu, du fait de son élection, comme le montre le taux de participation aux élections, ne peut se prévaloir de la confiance du citoyen, c’est la défiance qui est une donnée et non la confiance, cette dernière est un objectif stratégique.

Le crédit moral doit être le salaire de l’élu. Il doit exprimer, tirer sa source de la confiance de la société en elle-même, de sa capacité à s’organiser, à régler ses différends, hiérarchiser ses priorités, etc.. La fonction du représentant doit être de médiation, de représentation d’une collectivité, d’un parti, dans un monde complexe qui change et avec lequel il faut changer. L’élu doit démentir le statut qui veut lui être fait et porter la promesse d’une autre réalité. Pour cela, le président d’une assemblée populaire communale doit se réapproprier la fonction de premier magistrat de la commune.

La confiance est l’instrument de mesure de l’engagement de la population. S’engager avec la population, avec les plus faibles, avec les plus avertis, c’est accroître le capital social, la confiance en eux-mêmes des forces vives, des honnêtes gens.

La société civile, un second enjeu politique

Pour être en mesure de développer un rapport d’enveloppement du pouvoir, les représentants et leurs assemblées doivent s’attacher à accroître leur compétence. Ils doivent s’aider de la société civile pour corriger l’asymétrie de pouvoir que le pouvoir s’efforce de développer. Dans la conjoncture actuelle en particulier, il ne faut pas confondre la fonction de représentation et la fonction de compétence. Les élections ont conforté l’asymétrie de pouvoir entre les représentants et l’administration. L’apport de la société civile dont il faudra respecter l’autonomie est crucial.  Sans sa contribution, l’asymétrie  de pouvoir entre l’administration et les élus ne pourra être réduite. Cette participation de la société civile est aussi un enjeu politique. Le pouvoir s’attachera autant qu’il le pourra  les services des membres de cette société pour préserver cette asymétrie. Ce qui nous distingue de ce pouvoir c’est qu’alors qu’il vise à acheter son allégeance, nous sommes attachés à défendre son autonomie.

Le changement pacifique, une construction collective

Pour qu’il y ait changement pacifique, il faut donc que se forment une vision, en engagement et une maîtrise qui n’existent pas et qui ne peuvent être l’œuvre du pouvoir central. C’est à ce programme que doivent s’attacher les représentants de la société soucieux d’une correction de la trajectoire sociale. L’on comprendra donc que cela soit une construction du bas vers haut, qui puisse faire que ce soit la société qui se projette dans un nouvel état, qui puisse faire que cette construction  soit l’ouvrage d’une société civile compétente.

Arezki DERGUINI

Bgayet le 23.01.2013.

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