Rente stratégique, propriété et souveraineté

Carte-crise-nord-MaliIl faut admettre tout d’abord que c’est la rente stratégique de l’Algérie qui est mise en cause par l’intervention militaire au Mali. L’Algérie n’est plus la gardienne de l’Europe et du monde contre le terrorisme djihadiste. Les puissances mondiales doivent aujourd’hui intervenir elles-mêmes sur le champ de bataille: la France et l’Europe au premier rang, les Etats-Unis au second. Un intermédiaire saute ou presque, cela ne sera pas sans conséquence pour le régime algérien.

Il faut admettre ensuite que ni la France (donc l’Europe probablement), ni l’Algérie ne possèdent la solution au problème sahélien. L’Algérie qui est accusée d’avoir exporté un problème interne, vers une périphérie proche certes mais devenue menaçante. La France elle, est à l’origine du problème d’une autre manière certes, et dont on se demande si elle possède quelque vision autre que celle de ses intérêts étroits. Le problème réside en effet dans la faillite des Etats de la région qui ont été construits sur la base du modèle de l’Etat-nation européen et le tracé des frontières coloniales, que l’Organisation de l’unité africaine a fini par avaliser de crainte de voir se multiplier les difficultés des indépendances. L’incapacité des Etats postcoloniaux à construire des économies viables, des sociétés solidaires et à entretenir des armées performantes est à l’origine des déchirements qui maltraitent le continent. Le problème c’est le rapport d’extranéité de l’Etat aux sociétés africaines qui les a empêché de fonctionner selon leurs propres penchants quand il n’a pas voulu leurs imposer des dynamiques extérieures. L’Etat postcolonial a au mieux fonctionné comme un appendice de la machine néocoloniale de prédation et d’extraction des richesses naturelles du territoire des anciennes colonies. Les droits des populations sur leurs richesses ont été complètement évacués au nom du développement étatiste.

S’il s’agit pour les puissances mondiales de construire la sécurité mondiale et non pas de défendre tout simplement leurs étroits intérêts, la solution passe par la reconnaissance des droits des populations sur leur territoire, par la reconnaissance de la multiplicité des partenaires sociaux et mondiaux. La gestion de la sécurité mondiale ne peut continuer à exclure les pays émergents, comme il ne peut continuer à ne compter que sur les nations, les sujets fabriquées à la mode européenne. L’Occident ne peut continuer à choisir ses partenaires. Or jusqu’à présent comme je viens de l’affirmer, l’Etat postcolonial en Afrique, héritant de l’Etat colonial dont la mission était de diviser les populations et non de les unir, a fonctionné comme un appendice de la machine néocoloniale de prédation[1]. Au moment où il s’affaisse, les forces qu’il avait la charge de diviser, auxquelles il était hostile, reviennent à la charge lui disputer la souveraineté. Les sociétés nationales africaines ont entretenu des Etats et des armées sur le modèle européen dont elles n’avaient pas les moyens, des Etats qui ne renforçaient pas ce qu’ils étaient sensés renforcer, pas le droit mais la corruption et la prédation. Aussi ont-elles été finalement trahies par ces Etats et leur armée. C’est à partir d’une clarification des droits des populations sur les ressources de leur territoire, qu’il est possible d’envisager une recomposition sociale, politique, économique et militaire des sociétés africaines qui seraient alors en mesure d’assurer une souveraineté, donc une sécurité sur leur territoire.

Aujourd’hui, en Algérie nous constatons une centralisation outrancière, ou l’Etat central a dépossédé les collectivités des ressources de leur territoire. Et ce, au moment où nous constatons une baisse des ressources publiques en même temps qu’une hausse des besoins sociaux, et que s’annonce ainsi une prochaine faillite de l’Etat algérien. Ce qui explique la centralisation outrancière malgré les menaces que celle-ci semble faire peser sur l’unité nationale c’est le type d’insertion internationale de l’Algérie. Le régime algérien, appendice de la machine de prédation néocoloniale, se sentant menacé parce que désormais inadapté, se referme sur lui-même.

L’Etat algérien a besoin d’une profonde réforme s’il veut retrouver une certaine fonctionnalité, une certaine légitimité, qui rendraient à la société, aux collectivités leur souveraineté. A moins que nous ne laissions l’extérieur nous imposer une nouvelle machine de prédation qui sacrifierait de toutes façons les intérêts de l’Etat postcolonial actuel.

Arezki DERGUINI

Bgayet le 15/01/2013


[1] A ceux qui doutent de l’existence d’une telle machine, je rappellerai le droit fiscal français qui légalisait la corruption des Etats et entreprises étrangères par les entreprises françaises. Je rappellerai l’existence des paradis fiscaux. Je rappellerai l’accueil des capitaux en fuite, des malfaiteurs par les grandes puissances.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s