La nouvelle loi sur les hydrocarbures, une occasion pour mettre le secteur des hydrocarbures à sa place

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1. Mettre fin à la dissipation de la rente (Elinor Ostrom).

Parce que le capital naturel n’est pas transformée en une autre forme de capital productrice durable de revenus la rente est dissipée et n’est pas conservée. C’est ainsi le droit des générations futures qui est sacrifié, ce sont de nouvelles charges qui sont créés et leur seront imposées (Ahmed Benbitour), ce sont des activités qui sont détruites par une telle dissipation (dutch disease).

Parce que le pouvoir ne s’est pas soucié jusqu’ici de la protection du patrimoine naturel (il pratique la politique de la terre brûlée dans sa lutte contre le terrorisme, il profite de régimes de propriété qui détruise le capital naturel) nous devons nous opposer à l’extraction du gaz de schiste qui va conduire à la destruction d’un patrimoine supplémentaire. Pour ne pas dissiper notre rente donc, pour ne pas accroître notre dépendance à l’égard des hydrocarbures, pour ne pas détruire notre capital naturel nous nous opposerons au projet de recherche et d’exploitation de nouvelles sources d’énergies fossiles.

 2. Changer de modèle de consommation (Abderahmane Mebtoul).

Mais on voit tout de suite le chantage du pouvoir : pas de nouvelles réserves implique baisse du pouvoir d’achat. Ce que nous répondons, c’est jusqu’à quand ? Et pour quels avantages présents et futurs ? Ce qui nous pousse à dissiper la rente, à hypothéquer notre avenir, en fait c’est notre modèle de consommation mimétique : nous ne consommons pas plus que nous produisons, comme c’est le cas pour les pays riches en crise – et qui voit pour cela se réduire leur pouvoir d’acheter ; plus nous consommons moins nous produisons, plus nous importons. Plus nous consommons plus c’est de la production des hydrocarbures qu’il nous faut le faire : trois fonctionnaires sur quatre aujourd’hui sont payés par la fiscalité pétrolière (voir Ahmed Benbitour). Et les revendications salariales ne s’estompent pas.

Changer donc notre modèle de consommation de sorte à réduire notre demande interne en matière de transports et de travaux publics par exemple, ensuite notre dépendance à l’égard des importations de sorte à moins dépendre de nos exportations d’hydrocarbures.

 3. Pour réduire notre dépendance à l’égard des importations, du côté de la production, il nous faut « mettre à profit la récession productive dans le domaine énergétique (Abdellatif Benachenhou) pour permettre aux autres secteurs, à l’entreprise privée de se développer. Pour venir à bout du dutch disease (syndrome hollandais) il faut détendre notre relation aux hydrocarbures, mettre fin aux gaspillages divers, faire de la place aux autres secteurs et à l’entreprise privée. Il faut une autre dépense publique. Le pouvoir veut faire fermer à Sonelgaz une usine hydroélectrique en très bon état (Darguina) et installer une centrale électrique au gaz mobile dernier cri (El Kseur-Oued Amizour), sur une terre agricole, au moment même où la SONATRACH doit réhabiliter le gazoduc qui l’alimentera.

 Pour tout cela – changer les modèles de production et de consommation – encore faudrait-il que la paix sociale puisse s’obtenir autrement. Car l’effort à demander, bien que surmontable étant donné l’état du reste du monde, ne saurait être des moindres. L’automobile, le logement sont le carburant de la compétition sociale, le pouvoir ne peut y mettre un frein sans autorité. Il ne peut faire préférer le futur au présent, alors que tout le monde se prépare au naufrage et se déchaîne la prédation.

 4. Constituer des réserves stratégiques (Abdelmadjid Attar).

Aussi étant donné l’usage de la rente et sa dissipation vaut-il mieux constituer des réserves stratégiques que d’envisager l’exploitation de nouvelles sources d’énergie fossiles. Mais il s’agit là d’une stratégie par défaut, dans la mesure où nous sommes incapables de valoriser et de conserver notre capital et notre patrimoine. Bien que fort improbable, elle reste la seule conséquente quant à une opposition politique qui a en face d’elle un pouvoir qui ne songe qu’à sa survie et non à la protection de la population, de son patrimoine et de ses intérêts.

 5. Mettre la rente au service du développement (A. Benbitour) est une autre affaire. Pour ce faire, il faudrait tout d’abord ne pas la dissiper donc en mettant des freins à la dépense publique, ensuite en l’investissant dans du capital productif, physique et humain (constitutionnaliser l’usage de la rente quant au budget de fonctionnement, créer un fonds souverain) durable. A l’étranger et dans le pays simultanément ou successivement, selon l’objectif. Car pour qu’une production marchande soit viable aujourd’hui elle doit l’être sur le plan mondial. Je pense qu’il faut globalement inverser la stratégie d’import-substitution : produire à l’extérieur avant de produire sur le marché intérieur, encore qu’il ne s’agisse pas d’un dogme. Les entreprises locales suivront le sentier de l’import-substitution mais garderont comme perspective qu’il n’y a pas de survie hors du marché mondial concernant un certain nombre de productions[1]. Evoluer du bas vers le haut, de l’intérieur vers l’extérieur et de l’extérieur vers l’intérieur pour constituer des entreprises viables grâce au capital humain dont nous disposons dans nos diasporas et au capital financier que nous offre notre patrimoine.

 Il est clair que l’Algérie dispose encore de ressources, l’espoir est permis, il reste cependant à savoir si nous sommes prêts à faire l’effort de les fructifier plutôt que de nous laisser aller à les dissiper aisément. Si nous sommes prêts à faire l’effort de nous donner une élite et de la suivre. Car le salut une fois de plus viendra de l’extérieur, il nous libèrera de l’ère postcoloniale. Ceux qui ont réussi dans le monde, l’ont connu, desquels nous devons apprendre, auxquels nous devons apporter notre aide, seuls peuvent nous conduire à y occuper une place digne. Une élite qui s’occupe de préparer l’avenir, une jeunesse qui veut occuper une place digne dans le monde, voilà la convergence nécessaire du vouloir et du savoir pour la réussite du développement.

 Arezki DERGUINI


[1]Toute la production n’a évidemment pas de vocation mondiale. Il faudra clairement distinguer les productions mondiales des productions à vocation locales, les marchés ouverts au monde, des « marchés » fermés, « encastrés » dans des localités, des liens sociaux. C’est pourquoi nous disons certaines productions.

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