A quoi sert un ministère de l’éducation ?

L’inamovible ministre de l’éducation nationale

Assemblée au sein du SETE des contestataires des résultats des concours de recrutement de l’éducation.

Les directions de l’éducation ont organisé des concours de recrutement d’enseignants pour les différents niveaux de l’éducation : primaire, moyen et secondaire. Il s’agissait à titre d’exemple pour la wilaya de Bejaïa de recruter 506 enseignants sur 10 419 candidats, soit de retenir approximativement un enseignant sur vingt candidats.

Deux faits majeurs ont empêché le bon déroulement de l’opération. Et tous deux ont été de l’initiative de l’administration centrale. Tout d’abord, selon l’administration locale,  la précipitation dans laquelle elle a été organisée. Alors que l’opération aurait pu avoir lieu avec tout le temps nécessaire, au cours de l’année, elle a eu lieu en dernière minute. L’opération qui n’a pas été sérieusement préparée ne pouvait être sérieusement contrôlée. Il est arrivé que des fonctionnaires lors de la réception des dossiers aient refusé certains dossiers, certaines pièces justificatives qu’ils auraient dû accepter et qu’ils ont acceptées lors des recours.

Telles peuvent apparaître les choses pour qui ne connaît pas l’administration de l’éducation. Pour des candidats malheureux qui ont une bonne connaissance de l’administration et des candidats, au contraire, l’administration locale a parfaitement maîtrisé le processus de sélection. Pour le connaisseur, il n’est pas très difficile de retrouver au travers la liste des reçus les patronages qui les ont conduits au succès. De ce point de vue, c’est l’administration locale qui recrute, qui coopte. Elle, a tout le temps qu’il faut pour préparer le recrutement de ses membres. Cela ne devrait pas nous étonner outre mesure : ne voit-on pas ce même système de recrutement dans d’autres sociétés plus enviables ? On peut affirmer que ce système résulte d’un compromis avec l’administration centrale. Ayant acquis son autonomie en matière de reproduction vis-à-vis de la société, elle peut exécuter les consignes de l’administration centrale lorsque celle-ci la conforte dans son autonomie. Coupée de la société par de telles pratiques elle se range du côté de l’administration centrale quand elle se trouve opposée à la société. De ce point de vue la précipitation de l’administration centrale constitue un excellent écran qui masque à la société l’activité de l’administration locale.

Le second fait consiste dans une note additive à l’arrêté ministériel organisant le concours. L’ajout en dernière minute est proprement de manipulation politique. L’administration centrale décide que pour le niveau secondaire (lycée) les masters (II) seront seuls pris en considération.  Des ingénieurs ayant enseigné pendant une dizaine d’année en tant que contractuels ou vacataires seront déclassés en faveur de sortants de l’université n’ayant jamais pratiqué l’enseignement. Des jeunes de vingt-trois ans  seront préférés à des adultes de trente ans, parfois mariés ayant donné dix ans de leur vie à l’enseignement.  Qu’est-ce qui justifie un tel choix ? Faire croire à la population des étudiants sortants de l’université que leur sort est pris en compte par les autorités publiques ? En réalité on va retirer des droits à ceux qui croyaient en avoir déjà en les opposant à une autre catégorie qui arrive sur le marché du travail. C’est le droit d’avoir des droits qui est ici en question. Le travail et l’expérience ne donnent pas le droit d’avoir des droits, seul le pouvoir central a une telle prérogative.

J’ai personnellement rendu visite au directeur de l’éducation. J’avais l’intention de lui demander pourquoi on n’affichait pas par Internet le classement de tous les candidats pour que chacun puisse comparer les dossiers connus des uns mais pas de tous. Car les éléments du dossier sont relatifs à des choses publiques (études, travail, etc.) et non privées. Beaucoup de proches étant venus me voir pour que j’intervienne en leur faveur. Aujourd’hui afficher une liste de dix mille noms n’est pas compliqué et s’y retrouver est une chose aisée. Surtout qu’il s’agit d’un travail qui a été déjà fait. Il serait ainsi très facile de distinguer entre les contestations justifiées et celles non justifiées, la bonne foi de la mauvaise. Il serait ainsi très facile de disculper l’administration locale des malversations dont elle est largement accusée du fait de l’absence de transparence.

La construction de l’Etat de droit est une œuvre collective et elle commence par des choses que la technologie moderne rend aujourd’hui plus aisées. Dans la salle d’attente j’ai rencontré des syndicalistes avec lesquels j’ai pu discuter. Je suis sorti de la rencontre satisfait bien qu’avec une mauvaise réponse à ma question. Je trouvais à l’entrée des candidats « malheureux », dont un ingénieur et un contractuel de l’université. Ils me montrèrent les failles du système de concours et je revenais à ma question. Il est impératif que la confiance soit rétablie entre l’administration locale et la population, et les moyens pour ce faire sont simples : dialogue et transparence. Ces candidats m’apprirent que l’affichage par Internet avait bien été pratiqué par plusieurs directions de l’éducation (voir le site http://dzjob.blogspot.com/).

C’est pour cette raison que nous devons nous interroger sur l’utilité d’un ministère de l’éducation. On peut affirmer sans risque de se tromper que l’administration locale a toutes les données pour organiser le secteur de l’éducation : les données démographiques (élèves) et les données pédagogiques et économiques (débouchés). En réalité l’administration centrale perturbe la relation de confiance et de contrôle qui devrait s’établir entre l’administration locale et la population. Beaucoup justifie l’existence d’un ministère par la cause nationale. Il faut revenir du simplisme qui considérait que la construction de la nation est une affaire d’idées, de programmes, de « têtes bien faites », comme si l’on pouvait séparer une tête (qui commande) du reste du corps (qui obéit). La construction d’une nation est une affaire de cohérence de pratiques. Les individus sont immergés à plus de quatre-vingt-dix pour cent dans des routines. C’est dans la transformation des habitudes que réside le changement, non dans des enseignements largement invalidés par des pratiques. Les conséquences d’un tel simplisme idéologique est que l’on est en train de livrer la société à des appétits prédateurs.

Jusqu’à quand va-t-on dessaisir la société des fins de l’éducation ? Jusqu’à quand va-t-on lui garantir un revenu décent, un emploi, une formation ? Il faut cesser de considérer les fins de l’éducation comme des fins essentiellement idéologiques et étatiques.

Arezki Derguini.

 

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Une réflexion sur “A quoi sert un ministère de l’éducation ?

  1. mustapha dit :

    ceux qui sont sur la photo sont malheureusement les représentants d’un organisme complice du système

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