Participer à un gouvernement pourquoi faire ?

Une question revient régulièrement dans la presse, l’esprit des citoyens et militants : que dire de la participation au gouvernement ? A première vue, il semblerait qu’une telle proposition alléchante ait pour but de corrompre le parti, de le distraire de ses objectifs. Il pourrait s’agir pour le parti majoritaire dont le crédit extérieur est consommé, de bénéficier du crédit du Front des Forces Socialistes (FFS). Cette thèse a largement été utilisée à propos de la participation aux élections législatives par beaucoup de partisans du boycott. A titre d’illustration on pourrait citer l’exemple de l’expérience du parti MSP, qui s’est discrédité et risque de subir de nouvelles pertes. L’objectif du Front de Libération Nationale (FLN) serait alors de survivre en consommant le crédit du parti FFS. Jusqu’à quand ?

Pourtant participer à un gouvernement devrait signifier participer à la réalisation d’un programme. Et si la participation à un programme peut conduire à la consommation d’un crédit et non à la production d’un capital, cela signifie que le parti a été incapable de fructifier son avoir, étant donnés ses objectifs, ses moyens et des contraintes qu’il n’a pas su évaluer correctement. Si l’on se rappelle la campagne du FFS – il s’agissait de participer à un programme de réhabilitation du politique et de la politique, d’un programme de transition vers la démocratie face à des menaces d’explosion et d’implosion sociales -, alors le parti ne saurait répondre par la négative puisque le programme de gouvernement recouperait le sien.  De ce point de vue, il s’agirait de relever les différents défis qui menacent la sécurité, la cohésion et l’intégrité nationales. Dans un texte précédent, j’avais relevé trois types de défis : le défi économique (chômage, pouvoir d’achat et dépendance au pétrole), le défi social (jeunesse, autoritarisme et démocratie) et le défi extérieur (construction de l’ensemble régional et les nouvelles divisions du monde).

La participation à un gouvernement au titre de la réalisation d’un programme de transition n’est cependant pas sans risques. Tout comme l’est celle de la participation au parlement. La participation au gouvernement risque de faire privilégier davantage au parti le travail dans l’appareil administratif sur celui du travail dans la société, de formation et de construction politiques. Et pourtant l’idéal de l’action politique est de pouvoir combiner ces différents aspects, qui relèvent des trois dimensions de l’exécutif, du législatif et du social : l’Administration avançant de pair avec la Loi et la Société. Une phase de transition suppose donc une suspension de l’opposition entre majorité et minorité de gouvernement. Elle vise à établir les conditions préalables et durables de la compétition politique.

Afin que la participation à l’exécutif et au législatif ne consomme pas l’ensemble de l’encadrement politique disponible, il faut se rappeler un des mots d’ordre central du FFS : l’ouverture à la société civile qui est en même temps un des enjeux centraux de la phase de transition. Une participation au gouvernement signifierait la mobilisation des compétences de la société civile, plutôt que les simples cadres politiques actuels. Ce qui permettrait de porter le débat politique dans la société, de bousculer les partis et de les soumettre à ses débats.

Le FFS est donc pressé de clarifier son programme, de faire émerger sa ligne dans les débats actuels par les conjonctures interne et externe. S’il se contente de rester sur la défensive ou d’avancer de manière quelque peu aveugle, il pourrait avoir fort à faire avec de nouvelles défections et dissensions. Alors qu’il s’agit précisément de construire une nouvelle société civile. L’accélération de l’histoire, a réduit son temps de préparation, mais ce n’est pas ce qui le démontera. Il peut trouver au fond de lui et autour de lui, les ressources qui lui permettront de transcender les difficultés actuelles.

Du point de vue des militants, la participation à un gouvernement de transition ne doit pas transformer le parti en annexes des appareils d’Etat. Le parti, pour encadrer le débat politique et ne pas perdre son âme, doit se redynamiser. La proximité des échéances électorales, élections communales et de wilaya, lui donne la possibilité de reconstruire le parti et de s’investir dans la formation d’un pouvoir local dont l’Administration ne serait plus hostile. Une participation au gouvernement dans cette perspective signifierait la préparation des conditions favorables à une prise en charge citoyenne des problèmes du développement local.

En conclusion donc, participer au parlement, tout comme participer à l’exécutif, devrait permettre de mieux piloter le travail politique de la phase de transition. Si les ressources du parti peuvent paraître pour cela insuffisantes, il faut interpeller les forces de la société civile, afin que les militants puissent davantage s’occuper de la restructuration de leur parti et de la mobilisation de la société.

 Arezki DERGUINI

29 mai 2012.

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