ÉLECTIONS, ANALYSE ET PERSPECTIVES

Des urnes il est sorti un résultat pour beaucoup inattendu, une remise en avant du parti FLN, qu’il n’est pourtant pas compliqué d’expliquer : un dispositif comprenant une multiplicité de partis et listes, un niveau de participation donné d’avance faible et un vote des corps constitués en faveur du FLN, ont produit un tel résultat. Le « système » a démontré sa supériorité sur les partis d’opposition à l’exception du FFS qui a gardé un certain contrôle sur le processus électoral. Le primat du militaire sur le politique est réaffirmé, les professionnels du renseignement l’ont emporté sur les amateurs de la politique. La confusion entre le militaire, le politique et le médiatique se poursuit. Le contraire aurait comme signifié une vacance du pouvoir. Le système peut s’en féliciter comme se sont laissé dire les chancelleries étrangères. Mais qu’il ne se trompe pas, son ennemi n’est pas la société, ce sont les puissances étrangères qui aspirent à réduire la résistance de nos sociétés à la plus mince envergure. Et vis-à-vis d’elles sa supériorité nous rappelle le sort fait à certains pouvoirs qui se croyaient suffisants.

La multiplicité des listes a donc comme permis de mettre à la poubelle jusqu’au deux tiers des votants, un tiers des votants s’appropriant l’ensemble des sièges. Les votes utiles et inutiles ont discriminé les nouveaux partis des anciens qui disposaient de militants sur l’ensemble de la wilaya. Ensuite, le faible taux de participation, a permis aux corps constitués de faire la différence entre les partis. Ainsi, la non publicité du fichier national a soustrait au contrôle public le paramètre du chiffre global des électeurs, accordant une marge de manœuvre confortable à nos décideurs.

Le résultat des élections expriment donc non pas des luttes ou un compromis au sein du pouvoir mais une stratégie du pouvoir et un certain état du politique en Algérie. Parler de représentation politique réelle dans un tel contexte de dépolitisation sociale est une vue de l’imagination. Ceux qui ont cru pouvoir disposer d’une majorité parlementaire ont la tête dans les nuages quelque peu enivrés par les résultats des élections dans les pays voisins. Ils ont oublié l’état de la structuration politique ici et là. Les partis politiques qui avaient pour objectif la conquête du parlement, ainsi que les nouveau-nés qui avaient pour objectif de créer des clientèles au pouvoir, sont donc aujourd’hui les grands perdants. La conception du pouvoir chez les premiers, de la politique chez les seconds, y est pour beaucoup.

Les nouveaux partis et ceux partis à la conquête du pouvoir ont visé des objectifs au dessus de leurs moyens et ont donc réalisé des objectifs qui n’étaient pas les leurs. Ils risquent aussi de faire un faux bilan en même temps qu’ils ont discrédité davantage la politique. L’on peut soutenir sans risque de se tromper que les partis à prétention majoritaire sont incapables de piloter la phase de transition vers la démocratie.

Quelles conséquences pour la vie politique, et de notre point de vue pour la transition vers la démocratie ? Nous avons tout d’abord évité le scénario de la bipolarisation attendue qui conduisait à l’impasse : une majorité parlementaire « islamiste » et une opposition non parlementaire« démocratique » dont les débats idéologiques surannés nous aurait enferrés jusqu’à l’usure. L’Algérie n’est en effet ni la Tunisie, ni le Maroc, ni l’Egypte. La seule question qui subsiste à nos yeux est la suivante : l’incapacité des partis à prétention majoritaire à réaliser leurs objectifs et à conduire la phase de transition donne-t-elle la capacité au FLN de piloter la phase de transition ? On voit bien qu’il y a là un saut périlleux à accomplir que l’on ne peut considérer comme dans les aptitudes du récent FLN.

Le FFS pour sa part continuera de militer pour une réhabilitation de la vie politique, la restauration de la place des partis dans celle-ci, l’organisation de la société, des individus et des groupes, sans idéalisme, c’est-à-dire dans la société et au sein du pouvoir. Le contraire précisément auquel aspirent les puissances à velléités impérialistes qui visent la réduction de la résistance sociale, afin d’établir sur la société le pouvoir qui leur convient. Et le nôtre est à leurs yeux tout à fait adéquat, puisqu’il réalise un semblant de démocratie et gère les intérêts de la société à leur avantage : une dépendance quasi-totale aux hydrocarbures. Si ce n’était la baisse tendancielle du pouvoir d’achat des algériens et la lutte féroce que ces puissances se livrent aujourd’hui pour le contrôle de l’énergie et autres matières premières.

Arezki DERGUINI

le 14.05.2012.

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