Réussir l’alternance démocratique

On peut évoquer avec le camarade BOUAKOUIR trois raisons d’aller aux élections : réhabiliter le politique, éviter une confrontation physique avec le pouvoir et s’opposer à une alliance entre islamistes et militaires. J’aimerai dans ce texte donner une tournure toute particulière à ces objectifs. Des trois raisons avancées, on peut dire que toutes tiennent en une, ou plus exactement, deux d’entre elles fixent le contenu et le contour de la principale : la réhabilitation du politique suppose que l’on puisse s’écarter de la voie d’une confrontation physique (condition négative) puis que l’on puisse réussir une alternance démocratique (condition positive).

 La condition négative d’une réhabilitation du politique, à savoir l’évitement d’une confrontation physique, nous conduit à revenir sur la notion de changement pacifique. Les partisans du boycott des élections se réclament du changement pacifique mais ne disent pas comment un tel changement se peut sans élections, sans assemblée délibérante représentative. L’expérience des « arouch » a largement discrédité l’expérience de démocratie directe. J’ai parlé ailleurs de « dictature par le bas ». Dans un système où le secteur de la sécurité joue un rôle aussi central que celui qu’il joue dans le nôtre, il est impossible d’envisager le changement sans le considérer comme une donnée de base, un partenaire. Il faut donc poser clairement que le changement pacifique ne peut signifier une expérience réussie de démocratie directe, mais de démocratie représentative.

La conviction du président Hocine Aït Ahmed de l’existence d’une voie algérienne du changement peut renvoyer à une telle signification de changement non violent et politique. Tout comme il ne pouvait être admis que les générations postindépendance chassent du pouvoir la génération de Novembre en 1991, jusqu’à prendre les armes contre elle, il ne peut être admis que demain cela puisse se reproduire à nouveau. Les ancêtres redoubleraient une nouvelle fois de férocité ou plus vraisemblablement s’étoufferaient de honte. Cette charge non violente doit être redoublée par cette autre cependant : c’est la lutte politique seule qui peut accoucher d’un système démocratique. De par l’histoire, il y a donc une voie algérienne qui a besoin de l’action politique résolue et inclusive des différentes forces en présence. Des « nationalistes », elle a besoin qu’ils acceptent l’alternance politique après cinquante ans de pouvoir; des « islamistes » qu’ils abordent l’expérience de gouvernement avec pondération, sérieux et détermination; des « démocrates » qu’ils ne se considèrent pas comme les détenteurs du modèle déposé de démocratie et les autres comme des charlatans. Car l’échec de la première expérience d’alternance politique ne sera pas l’échec d’une tendance politique mais du politique tout entier. Ceux qui dès à présent cassent de « l’islamiste » et se sont déjà mis dans l’opposition à un gouvernement « islamiste » à venir, dans le but de le discréditer, convaincus que plus la parenthèse islamiste sera brève mieux on s’en portera, n’œuvreront pas pour la démocratie mais pour son étouffement. Car le cadre de la compétition politique ne pourra être posé par une partie mais par l’ensemble pour qu’il puisse être accepté. Alors et alors seulement la compétition politique pourra être au service de la stabilité et développer ses effets bénéfiques.

 Arezki DERGUINI

le 30 mars 2012.

 

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