Parcours d’un militant (Expérience vécue, histoire assumée et horizon d’attente)

1.  Je dénie tout sens autre que polémique (polémos = guerre) au terme d’islamiste. La démocratie n’est pas occidentale (Amartya SEN) et le terme « islamiste » vise trop souvent à court-circuiter celui de démocrate musulman[1]. La démocratie dans son essence est délibération et la procédure électorale est une innovation technique de prise de décision. Les dénominations « musulmans traditionalistes » et « musulmans modernistes », comme musulmans instruits par les sciences modernes ou les sciences traditionnelles complètent la définition du musulman par des déterminations précises. Elles n’en excluent pas de nouvelles.  La dénomination islamiste a vocation à subsumer toutes les déterminations dans une seule.

 2.  La démocratie en Algérie sera l’œuvre de sensibilités politiques que recouvrent les trois dénominations : nationalistes, démocrates et islamistes. La démocratie n’est pas une nouvelle révélation qui viendra à quelques esprits éclairés, elle sera la construction d’individus et de groupes sociaux précisément déterminés. Elle « descendra » des expériences collectives d’autodétermination sociale et de divers apprentissages. Elle aura sa propre généalogie. Les appellations démocrates, islamistes et nationalistes veulent préfigurer un champ politique qui n’existe pas encore (en tant que champ autonome) et ne renvoient qu’à des références historiques ou intellectuelles distinctes nécessairement plurielles. Elles ne renvoient pas à une expérience commune de résolution pacifique des différends.

3.  Je suis un militant qui suis passé du mythe de la table rase (communisme et étatisme) aux principes de l’histoire assumée, de la mémoire retrouvée par des communautés précisément déterminées qui tendent vers un certain horizon.

 4.  L’égalité c’est d’abord l’appartenance à des communautés, la liberté c’est celle de la compétition organisée dans le cadre de ces communautés. L’individu est toujours l’individu d’une communauté et sa liberté toujours celle d’une communauté. Il est doté d’un capital culturel et social à l’aune desquels est jugée sa valeur personnelle.

 5.  Je suis un militant de l’autodétermination sociale et je descends de deux familles religieuses, l’une maraboutique, l’autre pas. Ces familles appartiennent à une société non guerrière qui a dû, au cours de son histoire, se compromettre avec une société guerrière pour combattre le colonialisme d’une autre d’entre elles. J’ai été, au cours des années soixante et soixante dix, instruit dans le socialisme et le marxisme léninisme et j’ai jugé ma religion à l’aune des musulmans de mon entourage. J’ai ainsi dérivé loin de mes appartenances et après avoir fait l’expérience de l’exclusion et de l’appartenance aux universités et villes de Constantine, d’Alger puis de Paris, après avoir traversé une période de crise au cours des années quatre-vingt, je me suis réapproprié mes origines autrement armé qu’à mon départ[2]. J’allie savoir expérimental et croyances après les avoir opposé. Je suis devenu un militant n’expropriant plus les individus de leurs croyances et ne les jugeant plus qu’au travers de leurs expérimentations.  J’active depuis la fin des années quatre-vingt pour une construction démocratique de l’État et de la société qui n’exclut la participation d’aucune sensibilité politique ni croyance. Et depuis la fin des années quatre vingt dix dans le cadre du Front des forces socialistes qui porte la double exigence du pluralisme politique et culturel.

Arezki DERGUINI

le 29 mars 2012.


[1]  L’affirmation péremptoire selon laquelle il n’y a pas d’islamiste modéré en est un excellent exemple. L’islamiste n’existe pas en tant qu’individu concret, en tant qu’être humain et l’islamisme est une doctrine dont l’essence est donnée une fois pour toute et n’a pas besoin de déterminations supplémentaires. Une essence anti-démocratique, anti-occidentale. Nous sommes en fait en présence d’une véritable définition totalitaire du musulman.

[2]  J’ai été marxiste léniniste, et en tant que tel j’ai été un volontaire de la révolution agraire, un organisateur des comités des cités universitaires de Constantine et d’Alger, sans appartenir à aucune organisation clandestine. Puis avec la libéralisation politique alors que j’enseignais à Sétif, et que s’était conclue mon expérience de l’exclusion et de l’appartenance, j’ai participé dans le village de la révolution agraire de ma commune Souk El Tenine, à l’organisation politique des habitants où  dominait le Front islamique du salut plus par opposition politique qu’idéologique. Le village regroupait des étrangers à la commune. Je refusais d’être son candidat aux élections législatives parce que je préférais appeler à voter Front des forces socialistes pour m’opposer plus efficacement aux forces d’exclusion. Avec la dissolution du FIS c’est naturellement que je me retrouvais moi et les militants du village de la révolution agraire au sein du Front des forces socialistes. Ce village était jusqu’aux dernières élections le bastion du FFS dans la commune.

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