Quel objectif assigner à la représentation nationale ?

On peut distinguer, à la suite du président du FFS dans son dernier message, un objectif stratégique et un autre tactique. J’ai déjà signalé dans le précédent écrit en quoi pouvait consister le premier. J’y reviendrais ensuite. Mais commençons par la définition du dernier qui dépend fondamentalement des ressources disponibles pour réaliser l’objectif stratégique.

Présence cohérente. On peut au départ considérer un programme minimaliste avec un premier objectif qui pourrait être d’assurer une présence au sein de la représentation nationale pour parer aux éventualités de changements institutionnels qui pourraient advenir. Un second objectif serait de permettre au parti de survivre en attendant qu’il puisse être piloté vers un objectif précis et à venir. Les élus pourraient disposer d’une certaine autonomie en attendant un tel pilotage. Il faudrait cependant que cette représentation puisse disposer de quelque cohérence à même de lui permettre de réaliser ce programme à venir. Ce programme n’a, par définition, pas besoin de ressources considérables, elle peut compter sur les maigres ressources du parti, mais il exige une certaine participation de sa base à la confection de cette représentation. Ce qui ne manquera pas d’occasionner de nouvelles pertes dans ses rangs suite aux espoirs déçus d’une partie de ses membres.

Contrôle du processus électoral comme objectif adjacent, impliquant la société. Cet objectif exige une certaine mobilisation de la société et  donc la mobilisation de militants disposant d’un certain ancrage social. La militance politique ayant plus souvent visé à la reproduction de l’appareil politique qu’à l’entretien d’un rapport actif avec la base militante, il faudrait que les candidats puissent disposer d’une certaine aura populaire pour faire adhérer les électeurs à un tel processus. L’état politique de division social est tel qu’il est peu probable que le programme puisse intégrer cette dimension. La réalisation de cet objectif suppose un certain mouvement de sympathie de la société vers le parti comme un certain type de militants. La conjoncture et les moyens politiques ne sont pas ici très favorables.

 Action à l’adresse de la société civile. Le programme maximaliste qui manifeste de lui-même l’objectif stratégique nécessite une plus grande confiance à l’égard de cette société civile. Il constituerait aussi une claire incitation politique à son autonomisation. Il devrait donc être résolument non partisan.

Quelle option choisir et laquelle risque de l’emporter ?

L’islamisation du pouvoir qui accompagne la démocratisation a ceci de séduisant pour les puissances judéo-chrétiennes pourtant anti-islamiques, en ce qu’elle permet une « égalisation par le bas », un retour de la dictature mais cette fois par le grand nombre, une manière de réprimer, dans l’immédiat mais l’immédiat seulement, les besoins (de la partie supérieure) de la société (par ceux de la partie inférieure). Cette manipulation est déjà bien connue du populisme algérien : elle a servi à fonder la dictature militaire. « La démocratisation » actuelle ne fait qu’activer un tel fondement quelque peu oublié depuis la libéralisation de l’économie dont les élites ne peuvent plus contenir, ni ordonner les besoins sociaux. Comme elle permet de freiner la différenciation de la société et l’émergence d’une société civile qui rendrait l’autonomie à des sociétés jusque là administrées militairement. Cette « démocratisation » se transformera en dictature parce qu’elle n’aura pas mobilisé de société civile, parce que les germes de la société civile n’auront pas réussi à produire une société civile à même de permettre à la société de maîtriser ses processus.

L’ordre que veut fonder aujourd’hui l’alliance israélo-occidentale au Maghreb berbère, n’est plus possible sans le consentement des populations, il devra assurément être « démocratique ». Plus précisément une perversion de la souveraineté sociale et populaire, car l’œuvre d’un démos dépourvu de société civile ne peut pacifier ses combats et débats. Il pourra prendre la forme d’une nouvelle dictature, cette fois fondé sur la dictature d’une majorité islamisante et non plus nationalisante, qui aura pour objectif de décimer les germes d’une société civile sans laquelle les sociétés ne peuvent accéder à l’autonomie. En Occident les guerres ne se terminent avec les défaites des élites, et ce que celui-ci croit de lui-même il le croit des autres. Et il continue à ne pas vouloir apprendre de l’histoire maghrébine qui lui enseigne que ce ne sont pas les élites qui chassent les usurpateurs. Et que la guerre n’aura de cesse que les relations ne soient pacifiées. Ce genre de guerre asymétrique paraîtra préférable cependant à ses yeux à cette autre symétrique, étant donné l’enjeu.

Pour pouvoir éviter une telle perversion du processus démocratique, il faut deux choses à notre avis : premièrement établir une priorité absolue : la construction d’une société civile en mesure de déplacer le centre de gravité de l’Etat, de la société politique, aux sociétés du savoir et de la production.  Sur ce chemin, deux obstacles qui se soutiennent mutuellement : l’idéologie et le type de valeurs. L’idéologie est pour ma part, dans une société sans société civile je précise et non pas en général, le moyen d’exproprier la société de sa souveraineté (les dirigeants, les concepteurs n’ont besoin du reste de la société que comme exécuteurs passifs), le moyen de soumettre la société civile à la société politique. Si l’idéologie ne commande pas la conduite des hommes, il reste les valeurs pour ce faire. Au centre de ces valeurs, pour aller vite, celle du rapport de l’homme à ses œuvres, ou autrement dit celle du travail bien fait.

Quelles ressources seront nous capables de mobiliser pour la réalisation de notre objectif stratégique, telle est la question.

DERGUINI Arezki

le 06 Mars 2012.

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