La construction étatique algérienne et la guerre postcoloniale

 Comme le suggère le titre, dans ce texte, je souligne la centralité du concept de guerre par rapport à celui de construction étatique. On ne soulignera jamais suffisamment combien la construction étatique s’est effectuée dans un certain positionnement vis-à-vis de l’Etat français et de sa politique néocoloniale, dans une « guerre par d’autres moyens » qui s’est poursuivie avec lui, en réponse à la technique de la contre-guérilla qu’il n’a cessé de mettre en œuvre jusqu’après l’indépendance pour défendre ses intérêts. La guerre de libération a fait perdre à la France la possibilité de défendre par elle-même ses intérêts en Algérie (administration coloniale directe), elle ne lui a pas fait renoncer à les défendre par autrui (administration néocoloniale indirecte), d’autant plus que la construction étatique ne pouvait s’effectuer sans son aide. C’est pour cela qu’il faut signaler combien les problèmes qui restent pendants avec la France déterminent largement le sort du système politique en Algérie. La démocratie en Algérie exige une relation apaisée avec la France, une normalisation des liens. Car comme système de résolution pacifique des conflits, elle exige qu’il ne subsiste pas de problèmes d’importance qui échappent au droit. On ne saurait mieux dire que la France est une partie prenante de la dictature en Algérie parce qu’elle entretient des territoires de non droit dans ses rapports avec ses anciennes colonies.

 La démocratie en Algérie dépend donc pour une bonne part de la disposition de la France à soumettre ses rapports avec l’Algérie à des rapports de droit. C’est en grande partie avec sa complicité qu’est entretenue la zone de non-droit dans laquelle est administrée la distribution de la rente pétrolière. Le « désordre créateur », la cacophonie institutionnelle, camouflent la lutte des intérêts français et locaux pour l’appropriation de la rente. Le statu quo dans les rapports de pouvoir en Algérie n’est pas indépendant du statu quo des rapports de la France avec l’Algérie. On ne peut probablement espérer de dynamique non violente en Algérie qui ne soit pas accompagnée par la promotion de nouveaux rapports avec la France qui peuvent être plus facilement entrevus dans un cadre maghrébin (associant la Tunisie et la Libye en particulier) et international (associant les Etats-Unis en particulier ?). La Tunisie n’a pas compté sur la France et il est probable qu’elle doive faire avec des menées contre-révolutionnaires de sa part pour défendre ses intérêts.

Il faut associer à ce point (la soumission ou non des rapports entre les Etats et les individus au Droit), la question des droits de propriété sur le sol et le sous-sol, sur laquelle il se greffe, se soutient. L’on comprend pourquoi les sciences sociales s’autorisent de plus en plus à adosser la mauvaise gouvernance à la non clarification des rapports de propriété. Car il est difficile de fonder le droit hors la propriété qui en est comme la pierre angulaire.

 Dans l’actualité récente (affaires des moines de Tibherine, de Nezzar, de Mourad Dhina et de la loi française sur les harkis) on peut constater combien l’indécision reste prédominante.

 Que dire des Etats-Unis en ces points ?  Un désir de plus grande présence dans cet espace de non-droit ou un réel désir de stabilité régionale ? Sont-ils en mesure d’influer sur la dynamique locale ? On peut déjà remarquer que leurs intérêts dans la région sont plus globaux et n’entrent pas directement en concurrence de ceux français. Aussi peut-on penser qu’ils recherchent plus une clientèle locale qu’ils ne sont tentés de se substituer à la France pour administrer la région. On peut soutenir qu’elle se positionne pour encadrer l’action française, la soutenir ou la contrarier et ne pas trop en dépendre.

DERGUINI Arezki

le 01 Mars 2012.

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