Pour une assemblée nationale libre

 Après le constat de la défiance généralisée, réhabiliter une institution comme une assemblée nationale où par la délibération se construit une volonté générale, exige qu’au préalable la confiance soit rétablie entre le représentant et le représenté, entre la société et le politique. Notre société souffre de fonctionner en dessous d’une loi avec laquelle elle aurait dû faire corps, se projeter. Ce ne sont donc pas les lois qu’il faut changer, c’est le rapport de la société à la loi : le rapport de soumission doit être non pas un rapport d’imposition comme avec la monarchie de droit divin (la Loi c’est moi), mais un rapport d’adhésion. C’est donc au rétablissement de la confiance qu’il faut commencer par œuvrer si l’on veut arriver à une société qui fonctionne en accord avec elle-même et ses institutions.

 Si le boycott ne peut constituer une alternative à la participation, comment faire pour que la présence et l’engagement politique ne soit pas un simulacre d’engagement ou ce qui revient au même, une caution à un système décrédibilisé qui donnerait en spectacle au monde l’état d’une société politique dans une foire d’empoigne pour des sièges dans une assemblée nationale inutile ?  Comment faire de sorte que la campagne prenne un autre sens, une autre direction, celle de réaliser les objectifs du parti et des forces du changement : la transformation pacifique ?

S’il faut participer aux élections, il faut faire face à trois problèmes principaux : deux concernent la base du parti, un autre le parti et les forces en faveur d’une transformation pacifique. Un premier du au fait que la participation permettrait à la tendance en faveur de la normalisation de resurgir, occasionnant ainsi de fortes dissensions internes du fait de la perspective d’une inégale répartition des profits et des peines. Il opposerait la base et les cadres candidats. Un second et un troisième dû au fait que la base craint d’affronter une résistance passive de la société et une résistance active d’autres forces politiques. Elle redoute le discrédit que pourrait produire un engagement du parti à contrecourant du sentiment de défiance de la jeunesse et de la société d’une part, et l’affrontement des forces qui se réclament du changement et qui ont opté pour un boycott actif, d’autre part. On voit donc les forces centrifuges auxquelles la participation aux élections soumettra le parti et qui agitent la base militante du parti. Elle n’a pas envie d’engager un combat qui, à ses yeux, profiterait aux seuls candidats, et qui de surcroît soumettrait le parti à la tendance en faveur de la normalisation du parti. A leurs yeux, la participation aux élections va conduire à une exacerbation des contradictions au sein du parti qui pourrait menacer jusqu’à son existence.

 Pour éviter ces confrontations qui pourraient s’achever par une implosion du parti, et faire en sorte que participation ne soit pas synonyme de normalisation, mais engagement en faveur de l’objectif de transformation, il faut surmonter ces appréhensions de la base. L’action politique doit révéler qu’une alternative crédible, aux yeux de la société et du monde, existe à ce régime. Sinon autant aller dormir en attendant  que l’insupportable soit atteint et que l’explosion emporte le régime.

A mes yeux, les candidats du parti devraient parodier une assemblée nationale libre. Il ne s’agirait pas de conquérir des voix dans une assemblée nationale non représentative, mais de produire une assemblée qui simulerait une assemblée nationale libre, où l’on apprendrait à s’organiser, à se fixer des objectifs collectifs, se donner des règles auxquelles on adhère, tout cela sur la base de la diversité nationale.  Les militants pourraient avoir le sentiment ici qu’il s’agit de rehausser la valeur du parti, ce qui leur permettrait de transcender leurs différends et non de les y enfoncer. Les listes électorales ne mettraient donc pas les militants à une concurrence interne, elles demanderaient aux militants et aux partisans du changement quels pourraient être leurs représentants, leurs débats. On pourrait recruter comme candidats des personnalités politiques qui adhèrent à cet objectif et n’ont nul besoin de l’appointement d’un député. Ou des jeunes ayant terminé leurs études sans travail en mesure de porter les attentes de la jeunesse et désireux de faire l’expérience de la politique. Pour cela le parti pourrait organiser des primaires pour désigner dans cet esprit les candidats. Primaires ouvertes à tous ceux qui bénéficient de la confiance du parti. Le parti valoriserait sa logistique, son expérience d’encadrement. Ainsi aux yeux de l’opinion, la participation du parti au travers du crédit politique de ses candidats, n’apparaîtrait pas comme servant l’intérêt personnel des candidats mais un objectif collectif, celui d’établir la confiance sociale, de construire le lien de médiation politique.

 Comment peut-on rétablir la confiance sociale ? En recherchant les bonnes pratiques, en donnant à la société les moyens de maîtriser  ses diverses opérations d’information, de délibération, de coopération etc.. Dans notre cas, les politiques devraient simuler ce à quoi peuvent conduire leurs choix pour la société, de sorte que le contrôle de la société sur eux ne soit plus seulement un contrôle a posteriori, ne s’exprimant que par un assentiment ou un dissentiment lors des élections, mais les accompagne tout au long de leur mandat. Ensuite, on peut imaginer une campagne libre, où le libre débat empreint de civilité serait la règle, entre des professionnels et la société pour penser avec eux,  apprendre à poser les problèmes. On pourrait donner la parole à ceux qui ont des choses à dire aux autres, mettre en valeur ceux qui méritent de l’être, imaginer un autre système d’information où l’on apprendrait à produire et à diffuser l’information. On établirait d’autres rapports de savoir et de pouvoir. L’objectif d’une telle campagne, d’un tel travail d’assemblée libre simulée, pourrait être de porter à la conscience nationale les véritables données des problèmes par les différentes parties concernées.

 Que cette assemblée virtuelle puisse gagner du crédit et nous aurions fait un pas important pour que le débat social et politique qui a déserté les institutions puisse dépasser l’horizon violent vers lequel il glisse lentement.

 DERGUINI Arezki

le 22 Février 2012.

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