Hommage à Abdel Hamid Mehri[1]

Un géant nous a quittés, une référence. A Dieu seul appartient l’éternité. En hommage à ce grand homme,  que nous ne pourrons plus consulter comme nous avions l’habitude de le faire lorsque nous étions dans l’embarras ou qu’il nous fallait prendre une décision, je voudrai ici dire ce que j’ai pu retenir de son esprit, lui qui n’a laissé ni livres, ni discours qui pourraient  nous dire ses maîtres, ses égaux, comme pour dire que la pensée (hier la vie) d’un homme ne comptait pas.

S’il fallait fixer d’un trait sa pensée, ou plus précisément son éthos politique, je dirai qu’il consistait dans le refus de toute exclusion. Il était impossible de ne pas retrouver cette maxime derrière toutes ses prises de positions. Cela était parfois désespérant de le voir si confiant, si sevrant de devoir accepter ce principe pour toute explication. Au bout d’un certain temps, sa fréquentation me permit de me rendre compte que ce trait négatif reposait sur une certaine confiance, je dirai aujourd’hui dans l’homme, l’histoire et la vie. J’aurai du mal à aller plus avant pour caractériser cette confiance, mais cela me suffisait : sa façon de prendre le monde, toute positive, cette confiance dans l’homme, la vie et l’histoire ou comment dire, lui faisait croire qu’à ceux-ci nul obstacle ne pouvait résister, empêcher la progression.

Une conviction qui a lentement pris consistance tout au long de son existence : positivement avec la guerre de libération nationale et a contrario avec l’expérience d’édification nationale. Il partageait le credo d’Abane Ramdane, selon lequel seule une unité de toutes les forces patriotiques était en mesure de triompher du colonialisme. Il put voir ensuite et dire comment l’exclusion en vint à transformer le pluralisme de la vie politique en système de parti unique puis de pouvoir personnel, pour faire simple. A ses yeux l’exclusion était la maladie qui avait détruit la vie sociale et politique dont elle avait pour un temps triomphé, mais pour un temps seulement. Alors que les forces de l’unité patriotique avaient pu défaire le colonialisme, les forces de l’exclusion avait fini par ruiner la vie sociale et politique de la nation indépendante.

De cette maxime et de cette foi, il n’est pas difficile de voir quel était le programme d’Abdel Hamid Mehri : rétablir la vie sociale et politique dans sa nature riche et diverse et construire un système politique excluant l’exclusion, ou autrement dit, construire un intérêt général en mesure d’accueillir la compétition des différents intérêts particuliers, de sorte que le possible réalisable, englobant le plus grand nombre, devienne le devant être réalisé.  C’est à ce point qu’il me semblait avoir réalisé la plus grande communion avec l’esprit du défunt.

Abdel Hamid Mehri est parti (à Dieu seul appartient l’éternité), mais tout comme a voulu qu’il en soit le FFS en lui rendant hommage, l’esprit du défunt était invité à sa convention nationale. Pourquoi les autres parties patriotiques ne se réuniraient elles pas elles aussi, pour réaliser le plus large consensus social et politique en mesure d’apporter le changement démocratique qui épargnerait au pays de nouveaux sacrifices ? De contribuer au consensus qui permettrait d’unir les forces d’inclusion et de neutraliser les forces d’exclusion ? N’est-ce pas là le sens de la lettre adressée au frère président qui apparaît aujourd’hui un peu comme son testament ? N’est-ce pas là le moyen qui permettrait à son âme et celles de tous ceux qui se sont sacrifiés pour que vive ce pays, de reposer en paix ?

Arezki DERGUINI

le 20 Février 2012.


[1]  Texte qui reprend globalement l’intervention en arabe que j’ai eu l’honneur de faire lors de la convention nationale du FFS du 17 février 2012 pour rendre hommage à Abdel Hamid Mehri.

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